Marie Madeleine x Pablo Mendy – Révolution?


Marie-Madeleine x Pablo Mendy – Révolution

À la fois sacro-sainte et pleine putain, Marie Madeleine s’applique, depuis le début de son existence disco-wave hérétique (ou érotique ?), à souligner la dualité originelle qu’implique sa nomination, par le biais d’une iconographie qui convoque, toujours, l’idée de pureté associée à celle de saleté.

Une iconographie sacrilège

Jusqu’au 3e EP du quintet (Maxime François, Gregory Wagenheim, Anna Buy, Guillaume Walle et Jarco Weiss), l’insoumis No Apologies (2013), c’est la figure biblique de Marie Madeleine elle-même que l’on semblait devoir reconnaître sur les pochettes de ces disques jusqu’alors publiés chez le label Ekleroshock (le dernier l’est chez Nuun Records). Et si l’histoire officielle ne sait toujours pas très bien s’il faut considérer ce personnage grandement discuté comme l’une des plus fidèles disciples de Jésus ou / et comme sa maîtresse inavouée, ces visuels, eux, choisissent clairement leur clan : punkette dénudée et crucifix en forme de fumigène pour illustrer Swimming Pool, maillot de bain une pièce et tête de mort centrée pour Ural Baikal Amour, jeune femme en petite culotte et en grand manteau à fourrure sur le point de se faire sauter la cervelle pour No Apologies… C’est vers la Marie Madeleine sacrilège que l’on se penche ici.

Jusqu’ici, le groupe s’attaquait ainsi, avec une logique visuelle intelligente et trash-baroque (on pense parfois un peu à David LaChapelle), à la morale judéo-chrétienne la plus traditionnelle. Combat convenu, mais combat remarquablement mené. Et si un virage iconographique avait marqué la parution de la pochette sexuellement implicite de l’EP Useless / Highway (entourée de fleurs, une banane ouverte était positionnée à l’entrée d’une pastèque rougeoyante…), c’est de nouveau sur le terrain du sacrilège que se tourne la pochette de Révolution?, qui marque la 5e sortie discographique du groupe en 5 ans d’existence (et un album se prépare pour les semaines à venir, nous dit-on en coulisses).

Pendaison d’une idole

Sauf que ce sacrilège-ci s’attaque à une icône d’aujourd’hui, et non plus à une icône d’hier. Car pour illustrer son Révolution?, choix symbolique et franchement drôle, Jarco Weiss (le chanteur de Marie Madeleine) et Pablo Mendy (photographe et directeur des agences Enzo et Pablo et Belgrad Music) ont choisi de représenter un chat rouquin pendu, les yeux dans le vague et un fil de casque audio autour du cou meurtri. Au siècle des Lolcat et des félins empereurs omnipotents du web 2.0, sortir une telle pochette est un véritable parti pris. Parce que l’on sait d’abord que l’image sera forcément virale (un chat qui morfle, pour l’esprit révolté de 2015 qui se cherche encore un peu, ça se partage aisément). Et surtout, parce que le sujet s’avère aussi subversif aujourd’hui que de représenter le Christ en pareil état hier (bien que moins dangereux)…

C’est aussi, si l’on veut intellectualiser davantage et si l’on se base sur les propos du groupe, qui affirme faire allusion à la chanson de Gil Scott Heron « The Revolution won’t be Televised », pointer du doigt l’état de dilettantisme idéologique et politique dans lequel se repose une génération tellement obnubilée par le confort du divertissement inutile et désintéressé (ici : mater des vidéos de chats rigolotes sur le web) qu’elle en oublie de penser la manière qui pourrait le faire évoluer, ce monde. Désespéré par cette sécheresse de l’esprit, ce chat-là, plutôt que d’avoir été condamné, s’est peut-être bien lui-même donné la mort, de la même manière que s’apprêtait à le faire la jeune femme peu vêtue qui illustrait joliment la pochette de No Apologies. « Mieux vaut tuer ses idoles que les laisser ternir », écrivait Michel Déon…

Le son

Afin de rendre son discours plus percutant et plus lisible, Marie Madeleine s’exprime en français sur Révolution?, un single qui annonce un premier album en préparation prévu chez les radicaux francophiles de Nuun Records (Orties, Musique Post-Bourgeoise, Circé Deslandes…). « La révolution ne se fera pas sur internet » affirme ainsi MM tel un prophète visionnaire qui, en adaptant les mises en garde similaires de Gil Scott Heron sur le polémique et avant-gardiste « The Revolution won’t be Televised » (1970), dresse le constat d’une génération prise en flagrant délit de paresse morale et idéologique.

Marie Madeleine (Facebook / TwitterSoundCloud)

Pablo Mendy (Site officiel)

Marie Madeleine, Révolution ?, 2015, Nuun Records, pochette par Pablo Mendy

Vous aimerez aussi

À travers le prisme de : Marie Madeleine Longtemps sacrilège (d’abord dans un sen traditionnel, puis dans un sens qui l’était moins, via cette dernière pochette qui représentait un chat pendu), l’iconographie de Marie Madeleine était devenue...

Comments

comments