Leonard Cohen x John Berg – Songs from a Room


Tous les mois, Néoprisme donne la parole à un journaliste extérieur, qui nous parle d’une pochette d’album d’hier, culte pour le grand monde ou simplement pour l’intime de celui qui l’analyse. Aujourd’hui, la parole est à Amélie Blaustein Niddam de Toute La Culture, qui scrute pour nous la pochette de Songs from a Room de Leonard Cohen, dont la photo est signée par la figure de Columbia John Berg.

Leonard Cohen x John Berg – Songs from a Room

J’ai beau cherché, aussi loin que possible, si on me demande quelle pochette d’album mon inconscient fait ressurgir instantanément, je n’ai aucun doute. Un carré noir dans un carré blanc et au centre, en négatif, le visage d’un homme, celui du chanteur.

Cet album est le deuxième de Leonard Cohen sorti en 1969. À peu de choses près, il est sorti dix ans avant ma naissance. Je n’ai donc pas acheté cet album. Je l’ai vu chez mes parents une fois ado, quelque chose comme 25 ans après la naissance de Songs from a R-oom à Nashville. Un peu plus loin, à Avignon, j’écoute sur la platine vinyle les monuments que sont « Bird on the Wire », « Story of Isaac » ou « The Partisan ».

Cette pochette n’est pas graphiquement intéressante, Néoprisme m’en voudra d’avoir choisi ce travail-là.

Ce que j’avais oublié, c’est qu’au dos de l’album, il y a cette fille qui tape à la machine que Vincent Delerm a repris sur son album Quinze Chansons, From a Room. Mais ça je ne m’en souvenais pas.

Revenons de face. La photo est de John Berg, le design de Ira Friedlander. Cela je ne le savais pas. Ce que je sais aujourd’hui c’est que John Berg fut l’homme de Columbia. Il a passé 25 ans dans la boite comme directeur artistique. Il a signé, notamment, des pochettes de Bob Dylan et de Simon and Garfunkel.

Alors, pourquoi un visage concentré et centré me suit-il depuis maintenant plus de vingt ans ? Il y a dans le regard de Leonard Cohen une introspection ponctuée d’une inquiétude. Disons que ce genre d’angoisse là me parle. Je ne sais toujours pas ce qu’il cache dans sa main. J’ai décidé que cette main droite semblait agripper quelque chose. Quoi. Mystère.

Et c’est bien dans cet absolu choc du noir et blanc, classique à souhait, que se niche la révélation. Ce visage dont le sommet du crâne semble être ponctué d’un chapeau impose qu’on l’écoute. Songs from a Room nous parle de l’intime et ne s’écoute que de A à Z, volontiers seul sur son lit, ou comme moi ado, assise en tailleur devant la tablette vinyle, la fameuse pochette, posée sur mes genoux.

Leonard Cohen, Song from a Room, 1969, Columbia, 35 min., pochette par John Berg

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