KOKOKO! x Markus Hofko – Fongola


À Kinshasa, on le sait, c’est le plus débrouillard qui connaît parfois le succès le plus grand. Dans une ville où l’on ne roule pas franchement sur l’or mais qui s’impose de très loin comme la plus riche et la plus développée du pays – d’après la Banque mondiale, 46,5% de la population de la République Démocratique du Congo vivait en dessous du seuil de pauvreté en 2011 -, on récupère, on fabrique, on s’organise. La misère n’y est pas forcément moins pénible au soleil, mais elle a en tout cas engendré, musicalement parlant notamment, une créativité artistique notable, et une manifestation, pas du tout galvaudée cette fois, de ce que représente le Do It Yourself très punk, un terme qu’on a vidé un peu partout de son essence jusqu’à l’écœurement. Pas de romantisme là-dedans, juste une manière, très concrète, de s’en sortir.

Fragments

Les membres de KOKOKO!, et comme tant d’autres avant eux (on pense par exemple à ceux de Mbongwana Star, ex Staff Benda Bilili, ou plus nettement encore ceux de Konono n°1), recyclent ce qui est usagé pour créer. Rien à voir avec une quelconque vision écologiste des choses. On constate juste l’état de son environnement naturel et des possibilités créatrices que celui-ci lui offre. Alors, on récupère des boîtes de conserve, des bidons qui sonnent creux, des manches à balais qui formeront plus tard la colonne vertébrale d’une guitare. C’est Kinshasa, et c’est comme ça que beaucoup y font de la musique. C’est décousu, défriché, brut, beau et bordélique.

Prendre des bouts de partout, y combler quelques trous, en laisser d’autres, recoller le tout. C’est aussi l’idée du visuel proposé par Markus Hofko, un proche du producteur Xavier Thomas, aka Détruit (il a signé quelques-unes de ses pochettes les plus marquantes), qui a croisé le chemin de KOKOKO! lors de l’une de ses nombreuses pérégrinations, et qui a décidé d’en parcourir un peu avec eux. Après Khartoum (Aljawal الجوال avec la chanteuse soudanaise Alsarah, 2013), l’Afrique de l’Ouest (Outside the Line, 2015), Istanbul (Débruit et Istanbul, 2016), le Français a donc travaillé le son de la République Démocratique du Congo, et a mixé un album illustré de la même manière qu’a été conçu un disque : autour d’un centre, celui constitué par les membres de KOKOKO!, et d’une intensité folle symbolisée ici par des visages que l’on croit voir parfois basculer dans la transe. Tout est fragmenté, tout est uni. Tout est compact et embelli.

Le son

L’afro-punk allongé, DIY, brut et viscéral de KOKOKO!, et la techno régressive, conciliante, asymétrique de Débruit : c’est l’alliance bienheureuse d’un groupe qui s’est reconnu autour d’une idée, centrale chez le producteur et voyageur français, celle d’un métissage culturel et musical qui ouvre les chakras, les esprits, le champ des possibles. Fongola est le premier album de KOKOKO! après la sortie d’une panoplie de singles depuis 2017. Et le label sur lequel il paraît, Transgressive Records, dit tout d’une démarche que l’on pourra saluer, avec une violence mesurée, en frappant sur une casserole devenue, pour la circonstance et pour toujours, instrument de percussion…

KOKOKO! (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube / Soundcloud)

Débruit (Site officiel / Facebook / Instagram / Twitter / YouTube)

Markus Hofko (Site officiel)

KOKOKO!, Fongola, 2019, Transgressive Records, 44 min., artwork par Markus Hofko

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