Kid Wise x Éléonore Verger – L’Innocence


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Le fait est incontesté : c’est à partir de la diffusion massive du clip de « Hope », ce tube au succès improbable de ce côté de la Manche, que le phénomène Kid Wise a commencé à concerner bien plus que les observateurs attentifs aux actualités de la scène pop azimut de Haute-Garonne.

Le héros de « Hope »

Dans cette vidéo narrative et figurative » (regardée plus de 600 000 fois sur YouTube et récompensée par un UK Music Video Awards), dont l’universalité et la vraisemblance auront ensuite inspiré d’autres ersatz plus ou moins réussis (on se souvient par exemple du diptyque clipé d’Aquilo « I Gave It All » et « Losing You »), on suit le parcours classique et mille fois éculé d’un jeune trio amoureux, avec une finalité plutôt orientée vers le chagrin de Dolan (dans Les Amours Imaginaires) que vers les passions mi-figue mi-raisin d’Allen (dans Vicky Cristina Barcelona) ou d’Honoré (dans Les Chansons d’Amour).

Dindon de la farce à trois : ce jeune homme rouquin, passionné et un peu naïf, qui, comme si saigner du cœur n’était pas suffisant, en vient également à saigner du corps, méchamment sanctionné après avoir tenté ce qu’il ne faut surtout pas tenter (à savoir, choper la meuf de son meilleur pote, après avoir fabulé la réciprocité amoureuse…) C’est sur ce personnage (Fred Hotier), qui paraît condenser à lui seul le titre comme les thématiques post-adolescentes évoquées dans ce premier album, que se focalise la pochette de L’Innocence.

Estampe d’un autre âge

De buste et de trois-quarts, les yeux clos et le menton hautain, le héros malheureux de « Hope » porte au visage l’expression d’une assurance noble. Hors de son temps, la pochette-portrait évoque ces estampes que l’on produisait au XIXe siècle, afin de sérigraphier en masse une image plus conséquente (une huile sur toile, le plus souvent) qui aurait commencé à suffisamment faire parler d’elle pour que l’on puisse trouver des humains ordinaires pour vouloir en acheter une reproduction. On pourrait aussi, afin de poursuivre l’évocation XIXe et parce que le format convient, imaginer ces médaillons ovales dans lesquels l’on insérait une image d’un proche ou d’un héros du temps, le plus souvent gravée (la technique photographique, bien sûr, n’avait pas encore été inventée…)

La pochette, puisqu’elle n’est ni l’œuvre d’Honoré Daumier ni d’un autre faiseur d’estampe des années 1830, est issue de l’une des nombreuses aquarelles émanant du pinceau d’Éléonore Verger, jeune illustratrice versaillaise (du XXIe siècle…) favorite du groupe toulousain (elle avait déjà conçu la pochette du premier album de Pianos Sauvages, le projet personnel du leader de Kid Wise Augustin Charnet), dont le travail candide et rêveur collait parfaitement avec les obsessions esthétiques et thématiques du groupe. On lui doit également la pochette du single Forest, paru cet automne, qui représentait avec habileté une forêt (c’est logique) recouverte par une couche au coloris rouge sanguin (toujours, le syndrome Chaperon Rouge), et aussi celle d’Ocean.

Le visuel qui fait aujourd’hui office de pochette à ce premier album paru chez une filiale nouvellement créée de Def Jam (The Wire Records), devait initialement être autre, mais provenait déjà du catalogue d’aquarelles élaboré par la jeune versaillaise. Elle avait alors symbolisé l’idée d’innocence et les désillusions que l’entre deux-âges implique en figurant deux silhouettes (l’une féminine, l’autre masculine), proches quoique lointaines (on pensait alors aux Solitaires de Munch), encerclées par un environnement mêlant symboles résolument optimistes (le Soleil plein, le ciel rouge passion) et d’autres éminemment pessimistes (la mer agitée, les écumes entrechoquées). Ces deux silhouettes, puisqu’il aurait été criminel de les renvoyer aux oubliettes, figurent désormais au recto de l’album, et sur quelques supports de communication du groupe.

Virginité et rougeurs

Le paysage rassurant et menaçant, et comme aujourd’hui le buste nu du personnage de « Hope », était déjà entouré de cette couche imposante de blanc lacté. Celle-ci pourrait renvoyer à l’idée d’innocence (encore et toujours), directement liée à l’idée de virginité (de l’esprit…), une sainteté qui se trouve directement en constate avec le paysage rocailleux et vaseux entourant le buste de Fred Hotier, qui, on le remarquera en tendant l’œil, semble également porter sur le visage quelques stigmates abîmés.

Image de péplum (le coloris et les cassures se réfèrent au genre) ou simplement, l’image d’un homme : celle-ci implique en tout cas l’idée selon laquelle l’innocence, et cela est universel, s’avère destinée à ne jamais durer éternellement…

Le son

L’Innocence, à la vue des thématiques abordées (l’enfance, la perte de la candeur, les joies et les douleurs des premières fois…) porte admirablement bien son nom. Et en même temps, il le porte mal. Car si ces post-adolescents toulousains, dans leurs textes, semblent encore chercher le chemin adéquat, le son, lui, fait déjà preuve de suffisamment de maturité pour réussir le petit exploit de convier au sein du même écrin les radicalismes post-rock de Godspeed You ! Black Emperor et les grandiloquences électro-pop de Phoenix. On les a connus il y a un et demi par l’intermédiaire de « Hope », ce morceau de 5 minutes aussi beau et baroque dans les oreilles qu’il l’ait devant les yeux. Mais d’espoirs, il se trouve que l’on n’en a plus vraiment besoin : car l’on sait désormais que le premier album des ces gosses-là est une véritable réussite.

Kid Wise (Site officiel / Facebook / Twitter / Bandcamp / TumblR)

Éléonore Verger (TumblR)

Retrouvez l’interview fleuve et noctambule de Kid Wise chez nos partenaires de La Nuit Nous Attendra.

Kid Wise, L’Innocence, 2015, The Wire Records / Maximalist Records, 71 min., peinture & silhouettes par Éléonore Verger, photo par Carmen Legros, mise en page et le titrage (police et disposition) par Aloïs Lecerf.

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