Kid North x Gregory Hoepffner x Élise Gerosa – New Waters


Kid North x Gregory Hoepffner - New Waters

Sur un fond uniformément mauve, une main, suspendue dans les airs, laisse dégouliner au-delà de son enveloppe charnelle quelques gouttes d’une peinture bleutée. Les doigts sont azurs et le reste de la main est rose, et le tout donne la couleur du visuel lié au premier album de Kid North (Gregory Hoepffner, Axel Dallou, Gary Royant), nommé New Waters, aussi, afin de faire coïncider l’idée de dégoulinement visuel et celle de vague nominale.

D’une idée à l’autre

À la base, toutefois, il n’était pas question de main. Ni de n’importe quelle autre partie du corps d’ailleurs, colorisée ou non. Gregory, qui agit aussi sous le pseudonyme d’Almeeva (lorsqu’il délaisse l’électro pop épique pour l’electronica tragique) et qui se charge, puisque graphiste de métier, de l’identité visuelle de ses différents projets, pensait en réalité les choses d’une manière largement plus géométrique. Rencontré à Barbès, dans cette brasserie surplombant de sa grandeur pédante le métro aérien et ses vendeurs de clopes à la sauvette, il raconte :

« Au départ, on voulait créer un objet qui aurait incarné notre projet de manière originale. On a alors designé un objet qui peut se regarder sous différents angles. Juste une structure en bois assez abstraite, qui ne renvoie pas vers quelque chose de précis (ndlr : on pense au travail de Bloum sur Troubled City). L’idée était de prendre en photo cette construction dans pleins d’endroits différents, les plus variés possibles. Et après de découper la photo de manière kaléidoscopique. On est arrivé avec ce visuel. Qui ne marche en fait pas du tout. Ça ressemblait notamment trop à la pochette de Wild Beasts (Present Tense). Puis on se disait qu’en petit, avec les vignettes des plates-formes de streaming, ça ne le faisait pas trop. On a finalement trouvé ça trop complexe, et pas du tout efficace. Et on a abandonné l’idée. »

Main dans le cambouis

Défaite. Un objet tout spécialement construit pour l’occasion, un déplacement jusqu’à Étretat pour lui trouver un habitat idéal et réaliser une série de photos qui ne serviront au final que pour le livret qui accompagnera le CD, et un album conçu, qui n’a toujours pas de visuels pour assurer sa promotion auprès du monde 2.0. Comme souvent dans ces cas-là, c’est alors le hasard qui fait la différence. Et qui le fait bien en l’occurrence. Greg, toujours :

« On a tourné le clip de ‘Rip Tide’, dans lequel on a plein de potes qui se sont recouverts de peinture, où l’on voit d’ailleurs un peu cet objet dedans. Et puis, un de mes potes m’a demandé s’il pouvait tremper sa main dans le pot de peinture. J’ai accepté. Ça a donné ce plan, qui figure donc dans le clip, que j’ai trouvé hyper beau, et que l’on a décidé de garder pour illustrer le disque ! Je me suis ensuite amusé à changer les couleurs, via des filtres. On voulait appeler l’album New Waters. Ça collait bien. »

Sauf que, comme l’entonnent Joey et Kool Shen, tout n’est pas si facile. « On a commencé à communiquer auprès de nos réseaux avec ce visuel, très emballés ! Sauf que ce visuel, concrètement, ce n’était en fait qu’une capture d’écran d’une vidéo. Avec une qualité d’image forcément très médiocre. Lorsqu’il a fallu faire des images plus grandes, on a dû repenser nos plans… »

3e version

3e version

Et refaire le visuel, finalement, en changeant simplement ce qui était démarche spontanée en mise en scène pensée :

« On a donc demandé au même pote (Peter Le Van, graphiste chez RAPP comme Greg) qui avait déjà trempé sa main dans la peinture dans le clip, de refaire le geste et de reposer. C’est finalement une collègue d’un pote photographe (Elise Gerosa) qui a refait le visuel à partir de la main du pote en question. C’est une qualité d’image bien différente de ce que l’on avait à la base ! »

Le son

S’ils se nomment « Kid North », outre le fait qu’ils veulent peut-être insister ici sur l’idée de jeunesse / d’insouciance éternelle, c’est peut-être aussi afin de rappeler, consciemment ou non, ces territoires localisés tout en haut (vu d’ici en tout cas) de l’Europe continentale, au-delà encore de la glorieuse Grande-Bretagne, dans cette Scandinavie où les esprits sont habitués à soutenir l’association, froide et fédératrice, de ces humeurs d’électro pop synthétiques qui savent serrer les ventre et faire brandir les mains. Pop tragique, pop euphorique, pop qui ne perd certainement pas (contrairement à ce jeu de mots) le Nord. Puisqu’elle garde son cap.

Kid North (Site officielFacebook / Twitter / Youtube)

Gregory Hoepffner (Site officiel)

Élise Gerosa (Site officiel)

Kid North, New Waters, 2016, Tsunami-Addiction / Modulor, 42 min., design par Gregory Hoepffner, photo par Élise Gerosa

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