Ian Sweet – Crush Crusher


Personnage ultra sensible et tourmenté de la dream (ou « nightmare » ?) pop de Los Angeles, la Californienne Ian Sweet s’étale sur un sol grisonnant sur la pochette de Crush Crusher, son second album solo. Et en posant les yeux sur cette image-là, on croit d’abord au drame. Car au-dessus du visage, doux et joli, de Ian Sweet, s’est échappé une coulée rougeoyante et vivace. Cette coulée a également touché son corps, ce qui laisse, parce qu’on pense nécessairement à l’odeur du sang dans pareilles circonstances, envisager le pire. Et si ses yeux sont ouverts, et son sourire figé, ce n’est pas forcément afin d évoquer la santé la plus éclatante..

Rouge passion, rouge danger

Un regard plus attentif soulage heureusement les pensées. Car ce n’est pas du sang, mais bien ses habits, qui l’enveloppent en réalité dans une rougeur si éclatante. Un ruban laisse envisager la flaque, et une robe longue l’enveloppe corporelle saignée : tout va bien, et ce même si l’intention, ici, était clairement de faire croire que tout allait mal. 

« I forgot myself in you »

C’est que dans Crush Crusher, Ian Sweet poursuit l’exorcisme interne de ses troubles les plus sévères. « I forgot myself in you », dit-elle parmi cent autres exemples dans « Hiding », et on est bien obligé de la croire : la pop chez la Californienne est un outil thérapeutique comme un autre – et n’est sans doute pas le seul -, et cet album est une nouvelle manière de dire que sans la musique, les choses pourraient, pour elle, s’avérer toutes autres. Et s’accorder davantage avec cette image tragique qui saute d’abord à l’esprit au premier regard jeté sur ce visuel.

Hier déjà, lorsqu’il avait fallu illustrer l’album Shapeshifter, on avait eu le droit à un second-degré visuel manifeste, un tantinet plus drôle peut-être : vêtue comme un cow-boy pop, on y voyait Ian Sweet sur les lieux d’un crash (et non pas un « crush » cette fois…) que l’on n’identifiait pas forcément tout de suite comme tel, en raison de la manière dont étaient dessinées ces flammes pourtant bien réelles…Et pour ajouter un peu de baroque à la situation, un lapin et un poney, animaux mignons et sympas par excellence, trainaient également dans le coin, incapables de comprendre, une fois encore, le drame qui était en train de se dérouler sous leurs yeux naïfs et distants… Des visuels en forme, finalement, d’avertissements : dans chaque instant de douceur réside également un instant de danger. Et inversement.

Ian Sweet – Shapeshifter

Le son

Pour soigner les tréfonds de l’âme : la pop, proposée sous sauce psychédélique, shoegaze, noise. C’est la recette que Ian Sweet propose de nouveau sur Crush Crusher, un disque fait d’abord pour soigner celle qui l’a composé, et qui, parce qu’il possède aussi, parmi le bordel, des présences mélodiques récurrentes, parlera aussi à celui qui voudra l’écouter. Les malades, entre eux, s’entendront correctement.

Ian Sweet (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram)

Ian Sweet, Crush Crusher, 2018, Hardly Art

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