Her x Raphael Garnier – Quite Like


Her x Raphael Garnier - Quite Like

La pochette de Quite Like, ce single qui a fait exploser l’audience du duo Her en quelques toutes petites semaines (120 000 lectures SoundCloud en trois mois), focalise principalement son œil sur les seins (et aussi sur une partie des bras et des cuisses) d’un être manifestement féminin. Et si l’on se base sur le clip du même morceau, qui met en scène les mouvements particulièrement sensuels d’une jeune fille en toute petite tenue, il semblerait bien que l’on se réfère, par le biais de cette poitrine toute ronde aux tétons ressortis, à la femme comme maîtresse plutôt qu’à la femme comme figure maternelle. Deux effigies, pour deux types de représentations.

« Her », terme féminin

La féministe engagée, pour peu que la posture radicalement exhibitionniste des Femen l’insupporte aussi, pourra voir dans cette pochette une nouvelle manifestation rétrograde de la phallocratie dominante et de la misogynie ambiante qui consiste à réduire la femme, consciemment ou pas, à un objet de désir purement charnel. Ici, « her » ne se résumerait ainsi qu’à une paire de seins arrondis et pointus, à des cuisses bien rasées et à un ventre bien proportionné. D’autant plus que le cadrage de l’image a choisi d’exclure le visage de la femme en question, centrant ainsi le propos sur les éléments purement sexuels de l’être. Représenter l’être féminin, et l’érotiser dans le même temps. Réflexe bien ancré, à l’opposé de ce qu’avait pu proposer par exemple les garçons et les filles de La Femme, qui malgré un visuel de LP (Psycho Tropical Berlin, par Elzo Durt) qui montrait lui aussi la poitrine généreuse d’un être aux chromosomes XX, avaient profité de la nomination de leur projet pour combattre avec dérision et force de persuasion les clichés liés aux genres traditionnellement établis (écoutons le morceau « Si un jour », et regardons cette femme qui nous envoûte avec ses yeux vidés).

Mais alors, le fait de montrer les seins nus d’une jolie fille, surtout lorsque l’on est à la tête d’un groupe appelé « Her » (littéralement, le mot renvoie à l’idée de ce qui est « sienne » ), est-il nécessairement la manifestation irrévocable d’un certain type de sexisme ordinaire ? Doit-on alors taxer Man Ray de sexisme sous prétexte qu’il ait photographié, dans le cadre de sa série d’études sur le corps, la mondaine parisienne Kiki de Montparnasse de dos et avec les fesses clairement apparentes (Violon d’Ingres, 1924) ? On est en droit de le penser. Et aussi de l’exclure.

Car la question clivera, et opposera les activistes précédemment mentionnés – qui auront donc aussi en tête ce clip très érotisé de « Quite Like » – et les partisans formels du « beau » qui, plutôt que d’être choqués par la vue d’un téton sans soutien-gorge (le syndrome Facebook / Amérique puritaine), pourront mettre en avant l’élégance d’un visuel esthétiquement impeccable, classieux aussi parce qu’il se trouve encadré comme s’il était exposé dans une galerie d’art aux murs rougis (la démarche d’encadrement du visuel rappelle aussi celle de l’EP éponyme de Feu ! Chatterton).

Ceux-là mettront aussi en avant, et afin de disculper les deux garçons, la correspondance exacte entre les paroles de ce « Quite Like », les démangeaisons corporelles du clip, et le visuel d’une pochette qui ne fait rien d’autre que d’axer son objectif sur certaines des parties de ce corps tellement adoré. Le morceau est une ode au corps féminin. Ou plutôt, à un corps en particulier. Et le visuel le serait ainsi tout autant.

I quite like your waist
I quite like your back
I quite like your nails 
When they scratch
I quite like your chest
Like your swim, 
Like your swim, 
Like your breath when you pull zest

Membres sans noms et femme sans tête

Celui qui aura été attentif au parcours – tout frais – du groupe, lui, verra également un lien entre le fait que les deux membres de Her tiennent encore pour l’heure à garder le secret sur leur identité, et le cadrage du visuel qui ne laisse pas apparaître le visage de la fille en question. Et en remarquant que le duo porte, brodé sur les manches de ses chemises, les trois lettres qui forment leur nom, on en déduira que rien n’est décidément ici laissé au hasard. Et que la pochette de ce premier single, déjà marquante et proposée par le graphiste Raphael Garnier (qui gère son propre atelier à Paris), nous laisse donc le choix d’hurler à la misogynie ordinaire ou d’hurler, au contraire, à la célébration du corps via la réalisation d’un visuel franchement réussi.

Her

Le son

L’été sera sacrément humide, et marqué par le sceau féminin (quoique mené par deux garçons) de Her, qui fait venir les sueurs intérieures à l’aide d’une pop méchamment sensuelle qui groove autant qu’elle donne l’envie d’en savoir un peu plus sur ce duo qui refuse (pour le moment) de communiquer sur son identité exacte. Car le pire dans cette histoire, et parce que l’on se laisse tout de même très largement emballer par le concept de « buzz instantané », c’est que l’on ne connaît pour l’heure, et outre le très bon remix du petit tube, signé D-Pulse, qu’un seul et unique morceau du (très très excitant) projet…

Her (Facebook / SoundCloud)

Raphaël Garnier (Site officielFacebookInstagram)

Her, Quite Like, 2015, 4 min.

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