Gonjasufi x Timothy Saccenti – Callus


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Comment manifester, en images, le désert intellectuel, l’intolérance croissante, le cauchemar géopolitique, l’absence abyssale de renouveau humaniste, et les autres constats peu réjouissants sur l’état du Monde en 2016, qu’expose Sumach Ecks sur le nouveau disque de Gonjasufi ? Et bien par une interprétation bien personnelle de la Passion et du passage du Christ sur la Croix, accroché sur l’imposant édifice de bois aux côtés de ces deux voleurs que l’on avait alors jugé bon de cruellement crucifier au même moment (une pierre, trois coups). Ou plutôt, une vision de la crucifixion de Jésus, mais après les événements, puisqu’il ne figure plus personne, sur ces trois croix-là, représentées en noir et en blanc et via une image pixelisée par les soins d’un New-Yorkais (Timothy Saccenti) récemment aperçu via le visuel, monstrueux et inhumain, d’Atrocity Exhibition, le dernier disque du rappeur Danny Brown.

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Et si Gonjasufi a décidé d’illustrer ce disque, plus sombre et désespéré encore que le précédent (ce qui n’était pas chose aisée…), via une nouvelle version du plus représenté des épisodes du Nouveau Testament, c’est sans doute afin de pointer l’absurdité équivalente entre les raisonnements qui poussèrent sur la croix Jésus de Nazareth, porteur alors, selon l’interprétation que l’on voudra bien lui donner, d’un message pacificateur et porté sur l’autre (on a fait plus agressif que le très célèbre : « aimez-vous les uns les autres »), et ceux qui poussent aujourd’hui le Monde, dès lors qu’on le considère à travers son versant le plus pessimiste, dans ses retranchements les plus réactionnaires et les plus intolérants (chez Gonjasufi, l’ultra-capitalisme spoliateur et les extrémismes religieux qui poussent à la Guerre Sainte sont pareillement jugés). Alors, la manifestation de la difficulté d’atteindre une certaine forme de pacification globale (et intérieure, aussi, puisque cet album se veut aussi cathartique), via le souvenir du cruel et injuste épisode terminal de la Passion ? Pour le mystique et illuminé Sumach Ecks, voilà un choix intéressant.

Le son

Avec le très complexe Callus, bâti entre Las Vegas et le désert de Johuan Tree (c’est-à-dire : entre le trop-plein et le néant), l’Américain Gonjasufi a mis sur pied l’un des albums les plus pessimistes de l’année, lui qui voit le Monde à travers son prisme le plus dégueulasse (l’intolérance, l’appauvrissement intellectuel et la montée de ses radicalismes en tous genres) et qui formule cette déchéance croissante via un abstract hip-hop noisy, bruitiste, abrupte et délétère. Le chaos total.

Gonjasufi (Site officiel / Facebook / Twitter / Soundcloud / Youtube)

Timothy Saccenti (Site officiel / TumblR / Twitter / Vimeo)

Gonjasufi, Callus, 2016, Warp Records,  52 min., visuel par Timothy Saccenti

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