General Elektriks x Tim Deussen – To Be A Stranger


General Elektriks x Tim Deussen – To Be A Stranger

Dans le clip de « Whisper To Me », issu du nouvel album de General Elektriks, un homme se trouve épié, jour et nuit, par un individu (qui se dénombre à la fin), dont le visage, inexpressif, est caché par un étrange masque tribal, sorte d’hommage à une divinité païenne ancienne dont l’histoire ne serait jamais remontée aux oreilles de nos civilisations contemporaines. Après avoir fui cet harcèlement voyeur dans la première partie du clip, le protagoniste finit par l’affronter, et découvre avec terreur que l’individu masqué en question n’est autre que son double, identique et provocateur.

Entité masquée

Ce masque, confectionné par le plasticien bosnien Jasko Begovic, c’est aussi celui que porte Hervé Slaters sur la pochette du 4e album, une idée de camouflage tribal intervenue, comme c’est souvent le cas pour les esprits attachés à l’idée « d’instinct », par le fruit du hasard. Hervé, dans les locaux de son label 3e Bureau, chez Wagram :

« Jasko Begovic est un copain qui vit dans la région de San Francisco, un artiste qui travaille beaucoup sur textiles. Il a fait au printemps dernier une expo à Berlin, à laquelle je suis allé et où j’ai découvert certains masques qu’il exposait. Je venais de finir les mixes de l’album et j’ai tout de suite flashé sur l’un de ses masques. Sauf que celui que j’avais repéré – que j’ai finalement acheté pour chez moi – était beaucoup trop grand, on ne pouvait pas du tout l’enfiler. C’est un masque un peu particulier : tu mets des plumes dedans, et ça devient un coussin. J’ai alors demandé à Jasko s’il ne pouvait pas m’en faire un spécialement pour la pochette, un peu plus petit et dans le même esprit – garder l’idée d’étrangeté, mais sans être anxiogène non plus – et il a accepté ».

Jasko Begovic

Jasko Begovic

Sauf que ce masque-là, une fois réalisé par l’artiste Bosnien, ne convient toujours pas exactement à ce qu’Hervé envisageait. C’est sa femme, Sarah, qui travaille notamment d’ordinaire sur des habits pour enfants, qui se charge de la finalisation de l’œuvre multicolore, et qui l’ajuste afin que son mari puisse la poser sur ses épaules : « Le voir en vrai rendait finalement moins bien ce que j’imaginais. Mais maintenant, c’est impeccable ! »

Une fois n’est pas coutume, c’est en trouvant l’idée de la pochette qu’est venu l’idée du titre de l’album, nommé To Be A Stranger parce qu’il évoque notamment, dans ses lyrics, une certaine forme de déracinement géographique, instrumental, et également mental. :

« J’ai trouvé le titre de l’album après avoir obtenu le masque. J’y voyais un rapport à ma musique, et surtout à la manière dont je la construis : quelque chose qui peut sonner électronique et futuriste, mais dans laquelle on sent toujours l’organique. Et je crois que ce masque, comme ma musique, donne bien une impression de ‘faite main’. »

Étranger en terrain familié

Autre rapport entre le contenu du disque, sa pochette et son titre, – trois éléments finalement très concordants – l’idée qui accompagne la photo, prise par Tim Deussen, retenue pour ornementer l’album :

« On a pris la photo dans le studio de Tim, qui avait déjà fait les photos presse de Burning House (ndlr : l’un des side project d’Hervé Slaters, avec Chief XCel). Tim m’a fait mettre devant un écran, qui projetait un point de vue très agrandi d’un gratte-ciel américain avec certaines fenêtres allumées. Il m’a dit de me retourner à son signal. Ce que j’ai fait. Le rendu a créé cette espèce d’effet sur la photo où tu as l’impression que certaines des lumières sont à l’intérieur de moi. »

Soit l’impression d’être étranger, effectivement, à l’intérieur de son propre corps.

Le son

On le disait, ce 4e essai du général hautement gradé, peut-être le meilleur, évoque aussi le fait d’être un étranger parce que le son qui émane des claviers et du chant groovy de General Elektriks gravite au sein d’un univers où il n’y a guère autre que lui, entre la pop datée, la funk moderne, le blues synthétique et le rock modéré. Nouvelle campagne pour le général, et nouvelle victoire.

General Elektriks (Site officiel / Facebook / Twitter / Youtube)

Tim Deussen (Site officiel)

Jasko Begovic (Site officiel)

Two Asteriks (Site officiel)

General Elektriks, To Be A Stranger, 2016, 3e Bureau / Wagram Music, photo par Tim Deussen, masque par Jasko Begovic, design par Two Asteriks

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