Gas – Rausch


Gas – Rausch

En psychanalyse, on associe l’image de la forêt, parce que celle-ci s’avère dense, profonde, cachée, et marquée par l’idée d’imprévisibilité dangereuse, à celle de l’inconscient. Citons le très bon quoique daté (la première édition date de 1969) Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant : « Les terreurs de la forêt, comme les terreurs paniques, seraient inspirées, selon Jung (fondateur de la psychologie analytique et soutien, au début de sa carrière, de Sigmund Freud et de sa psychanalyse naissante, NDLR) par la crainte des révélations de l’inconscient ».

« Intoxication »

De terreurs intimes justement, il en est sans cesse question dans l’oeuvre de l’Allemand Wolfgang Voigt, qui propose depuis vingt ans, via le projet Gas, une musique ambient névrotique et longiligne, jamais clairement nommée (ses morceaux ne sont jamais titrés), et qui s’obscurcit au fur et à mesure d’une carrière qui atteint, avec l’album Rausch (« intoxication » en Allemand…), des noirceurs et des tensions abyssales. Et ces albums, exception faite d’un premier sorti en 1996, sont toujours illustrés par l’image d’une forêt, photographiée en plan serré, et toujours disposés de la même manière : les trois lettres de « GAS » placés au centre, et la forêt en toile de fond, permanente et immobile.

En forêt, sous LSD

C’est qu’outre la référence – supposée – à la psychanalyse, et à la compréhension de ce qui se trame dans son soi intérieur, Wolfgang Voigt tient à associer à son oeuvre électronique l’image de la forêt parce que celle-ci fait patrie intégrante de son processus de création, lui qui a souvent avoué, afin de trouver l’inspiration révélatrice, s’être souvent plongé, sous l’emprise du LSD, dans les profondeurs sans fin de la Forêt-noire allemande, ou dans le Parc du Königsforst (le nom de son troisième album) situé non-loin de sa ville natale de Cologne. Se perdre, physiquement et mentalement, afin de créer. Et de finir, comme en psychanalyse, par se retrouver ? Car s’il y a bien récemment eu pour Gas une sévère « intoxication », comme le suggère le titre, cela n’a pas empêché son auteur de s’en sortir, une nouvelle fois. Reste à savoir dans quel état il est possible de s’extraire de ce genre d’expérience…

Le son

Grand artisan d’une musique ambient, parfois aussi nommée « drone », qui étouffe et qui libère, Wolfgang Voigt paraît être, dans ce nouvel album affreusement sombre, sur le point de succomber et de se perdre de manière définitive dans les méandres de cette forêt, concrète et mentale, qu’il explore depuis maintenant vingt ans. C’est que pour cet Allemand dont on devine la complexité de l’esprit, c’est uniquement devant l’immensité et devant le danger de l’incertain que se concrétise la créativité. « Écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe », disait le compatriote Hegel…

Gas (Site officielFacebook / SoundcloudBandcamp)

Gas, Rausch, 2018, Kompakt

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