Foals x Daisuke Yokota – What Went Down


Foals - What Went Down

Doit-on lire la 4e cover de Foals (celle de What Went Down, parue ce vendredi) en liaison directe avec la 3e (celle d’Holy Fire), si ce n’est avec la 2e (celle de Total Life Forever) ? Possibilité à ne pas exclure, bien au contraire, d’un revers trop sec de la main.

L’obsession aqueuse

Pas trop sec, justement, parce que si l’on excepte la pochette du premier album Antidotes, créée par le designer Tinhead en 2008, et en dehors de cette typographie droite, noire, majusculée et soulignée, systématiquement utilisée à partir du second album, il s’avère que l’intégralité des autres pochettes du quintet d’Oxford est relativement mouillée.

Cas par cas. Sur la pochette de Total Life Forever (encore une fois signée Tinhead), les cinq garçons sont humectés sous des eaux bleutées mais pas trop profondes (puisque la lumière du Soleil parvient à pénétrer l’eau, c’est que la surface n’est pas loin), comme s’ils devaient illustrer les paroles du titre « Blue Blood », et qu’ils imitaient le fameux bébé au dollar du Nevermind de Nirvana. Trois ans plus tard, via la pochette d’Holy Fire (signée par le designer stakhanoviste Leif Podhajsky, dernièrement en charge de la vidéo de « A Knife in the Ocean ») et ses cavaliers chevauchant vagues et montures au terme du jour, c’est comme si le groupe était parvenu à s’en échapper, de cet océan transparent.

Lumières, et ombre

Sur la pochette de What Went Down, signée par le photographe japonais Daisuke Yokota (croisé en février dernier lors de la date du groupe à Tokyo ?), plus de chevaux, mais un humain, ou plutôt une forme humaine (peut-être est-ce autre chose ?), seule, dont on distingue encore une fois la silhouette (l’effet était le même sur Holy Fire). Accroupie dans l’eau, cette silhouette contraste avec l’esthétisme positif des deux dernières pochettes, où la lumière transparaissait toujours, pour se préoccuper d’ombre. On a même été jusqu’à donner la sensation d’une photographie usée (par la flotte sûrement), quasiment marquée par des traces de moisissure, comme si la pochette, fragile, allait devoir s’effriter au contact de nos doigts osseux mais solides.

Car parce qu’elle adopte une posture davantage semblable à cette d’un animal craintif qu’à celle d’un homme civilisé, la forme noire paraît émerger d’un passé ancien, comme l’anti-héroïne maléfique d’un film d’angoisse ombrageux, retrouvé par hasard sur les bords d’un rivage peu fréquenté. C’est le talent de Daisuke Yokota, dont le travail photographique regorge de travaux à la fascinante étrangeté. C’est aussi la volonté d’un groupe de poursuivre la tentative d’iconographie humide débutée avec Total Life Forever, en en obscurcissant largement le trait.

Le son

Si l’on excepte Antidotes, l’incontestable chef-d’œuvre du groupe, What Went Down s’impose comme l’essai discographique le plus réussi du groupe mené par le leader Yannis Philippakis. Car ce quatrième album parvient à combiner morceaux de furies rock (« What Wen Down », « Mountain At My Gates », aussi bons que les antécédents « Inhaler » et « Providence »), complaintes pas trop cotonneuses (« Give It All », « Albatross ») et odes inattendues aux dancefloors d’excités (« Birch Tree », « Night Swimmers »). Un album, parce qu’il risque de toucher encore plus qu’hier un public allant de celui de Virgin Radio à celui des Inrocks, qui permettra sans doute aux Anglais de se positionner dans les cœurs et dans le Panthéon à la même hauteur que leurs congénères d’Arcade Fire, d’Arctic Monkeys ou des Black Keys.

Foals (Site officiel / Facebook / Twitter / YouTube / Instagram)

Daisuke Yokota (Site officiel)

Foals, What Went Down, 2015, Warner Music, 48 min., pochette par Daisuke Yokota.

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