Flume x Jonathan Zawada – Skin


Flume x Jonathan Zawada - Skin

Sur le visuel du second album du producteur australien Flume, une trainée de fleurs (des gentianes sans doute) s’élance vers des hauteurs inconnues, dont on ne voit pas la cime. Ces fleurs, ou du moins ces formes courbées comme des cors colorés (en violent-bleu, en rose), elles paraissent se changer en or au fur et à mesure que leur tige, tordue mais gracieuse, s’allonge jusqu’à ne plus en finir.

Harley et le haricot magique ?

Cette trainée fleurie, c’est un peu comme celle que l’on croit voir surgir de la terre lorsque l’on nous racontait, enfant, l’histoire de Jacques et de son haricot magique, ce garçon qui, en échange d’une vache qui ne donne plus de lait, récupère de la part d’un étrange inconnu une poignée de haricots qui, ô surprise, poussent jusqu’au ciel une fois plantés dans le sol Jacques, après s’être débarrassé au passage d’un géant dévoreur d’enfant, en ressortira bien riche, de ce conte juvénile mais pas trop moral (le gosse passe sa vie à voler le géant et sa femme, qui lui fait pourtant confiance), puisqu’il récupère tellement d’or que sa mère et lui pourront vivre heureux et fortunés jusqu’à la fin de leurs jours.

L’ascension de Jacques, perché sur son haricot vertigineux, comme une métaphore de l’ascension fulgurante d’Harley Streten (aka Flume), lui qui, du jour au lendemain et à la faveur de la sortie d’une poignée de titres vite plébiscités (« Sleepless » surtout) s’était retrouvé sur les devants de la scène, de l’or (samplée) entre les mains ? Peu probable, mais l’image méritait en tout cas d’être avancée. Peut-être cette longue trainée violette, rose et orée incarne-t-elle plutôt une référence à ces entités organiques  (les voix de ses nombreux featurings) mélangées à ces données métalliques (les productions synthétiques) qui mènent chez Flume un dialogue permanent et qui donne l’impression, toujours, de ne faire qu’un.

Zawada aux commandes

Qu’elle soit emplie d’un symbolisme tordu ou qu’elle soit simplement préoccupée d’esthétisme joli (une dernière possibilité à ne jamais sous-estimer…), cette figure florale posée sur une toile de fond rose et violette est l’oeuvre du très polyvalent plasticien numérique Jonathan Zawada (australien également), à la fois designer, graphiste, vidéaste, sculpteur et peintre, collaborateur régulier de Nike, d’ASOS ou d’Uniqlo, et également spécialisé depuis quelques années dans la réalisation d’artworks d’une qualité de composition remarquable. On note notamment son travail régulier aux côtés de Mark Pritchard (via les artworks de Make A Livin, de Lock Off ou de celui, hypnotique, de Ghosts 12), d’Illangelo (l’artwork d’Alone, de Clockwork, et surtout son taf autour de l’édénique History of a Man), de DA Wallach (le visuel sublime de Time Machine) ou de Baauer, pour lequel Zawada donne la sensation d’avoir constitué, via les artworks d’Aa, de Day Ones ou de Kung Fu, les prémices d’une collection d’objets destinée à intégrer un musée de demain, celui dans lequel seront entreposés, au sein de la même pièce et de la même composition, éléments synonymes de civilisations d’hier et d’aujourd’hui (dans la logique Daniel Arsham ou Bertrand Lavier).

Pour Flume, plus que le visuel principal de Skin, ce sont les visuels de l’ensemble des sorties discographiques liées à ce second disque que Zawada a réalisé, adoptant partout la même logique de la ligne végétale représentée en pleine phase de mutation étrange, loin du travail de superposition, graphique qui avait été envisagé pour la sortie du premier album éponyme (Transgressive Records, 2012). Cactus (Smoke and Retribution), bananes (Say It), fleurs coupées au laser (Never Be Like You). Série brillante.

Flume - Flume

Flume – Flume

Le son

Toujours goinfré de featurings vocaux (féminins avec Little Dragon, AlunaGeorge, et masculin avec Beck et Vince Staples), Flume livre avec Skin la suite logique de son premier album éponyme paru il y a quatre ans, toujours construit dans la même verve de ces mélodies aux senteurs « fleurs de lotus » ciselées par des beats (électro, dubstep et hip hop) explosifs. Montées crescendo et cassures progressives. Montagnes russes.


Flume (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / Soundcloud / Bandcamp)

Jonathan Zawada (Site officiel / Facebook / TwitterInstagram)

Flume, Skin, 2016, Transgressive / [PIAS] Cooperative, 1h, pochette par Jonathan Zawada

Vous aimerez aussi

Mark Pritchard x Jonathan Zawada – Under the Sun Jonathan Zawada, plasticien exigeant et en raccord avec son temps (il est à la fois vidéaste, graphiste, sculpteur, peintre et designer) est habitué aux travaux de longues haleines. Sa collaboration...

Comments

comments