Flavien Berger x Juliette Gelli x Maya de Mondragon – Contre-temps


Il est des pochettes d’albums qui semblent vouloir hypnotiser leur auditoire. La spirale épileptique du Turn Blue des Black Keys, ou le trompe-l’œil d’Animal Collective avec Merriweather Post Pavilion, parmi les plus célèbres, forment ce qui semble s’être imposé comme une tradition dans le monde de l’artwork musical.

Une famille riche, où pourrait également figurer le distordu Bloom de Beach House, et à laquelle vient s’ajouter cette année l’artwork de Contre-Temps de Flavien Berger, dont la forme, plus circulaire mais pas moins labyrinthique, rappelle le Swim de Caribou.

Pleine de mystères et de textures, cette nouvelle couverture colle parfaitement à l’univers surréaliste du musicien, succédant à la déjà sublime piscine, qui semble issue d’un trip sous acides, de Léviathan, un artwork que l’on jurerait avoir déjà vu bouger…

Flavien Berger x Juliette Gelli – Léviathan

L’illusion du mouvement…

Cette fois encore, l’illusion du mouvement fait mouche. Des semblants de visages étirés forment ce que Flavien Berger décrit, de manière presque imperceptible dans « 999999999 », comme une « horloge en lamelles d’autres mondes ». La texture circulaire de laquelle se dégagent, non sans difficulté, ces expressions, toutes plus grimaçantes les unes que les autres ; séquencée par l’inscription, encore une fois presque indéchiffrable « c o n t r e t e m p s », semble prévenir que pour cet opus, le musicien va faire plonger l’auditeur dans un univers qui n’obéit qu’à ses propres règles, surréalistes à souhaits. Quoi de mieux qu’une allégorie du temps, notion paradoxale s’il en est, à la fois absolue et relative à l’humain, pour faire passer le message ?

…et l’illusion du temps

Et à l’écoute comme au visuel, la magie opère. Les expressions distordues rappellent la voix déformée par le vocodeur du chanteur au début de « 999999999 » (décidément single emblématique de l’album et digne successeur du « 88888888 » qui ouvrait Léviathan), là où l’étrange douceur qui se dégage de l’image, probablement issue de sa colorimétrie très pastel, correspond plus aux ballades romantico-mélancoliques « Brutalisme » et « Maddy La Nuit ». La plongée, visiblement symbole cher à Flavien Berger, dans l’univers du musicien semble, quant à elle, caractérisée par le vide interstellaire qui entoure l’horloge détraquée. Il semble que Contre-Temps soit un album de voyage temporel, comme l’indique le chanteur dans « Brutalisme » (la chanson se termine sur « Je vais t’aimer / L’été dernier ») et dans « 999999999 » (« Il nous faut plier le temps / Redevenir les enfants de l’ellipse »). À mi-chemin entre la science-fiction et le surréalisme, l’horloge molle de Flavien Berger promet de sonner juste, au moins à la manière d’une montre cassée.

Le son

En trois ans, Flavien Berger semble avoir pris le temps de se perdre, d’essayer, et de se retrouver. En témoignent les premiers extraits de l’album, « 999999999 » rappelant les paysages synthétiques de ses premiers EP, les excellents Glitter Gaze et Mars Balnéaire, parus en 2014. Un retour aux sources couplé à la ballade poétique « Maddy La Nuit », plus assumée que « Vendredi », de son premier album, qui rappelait le travail de Sebastien Tellier sur le très culte Sexuality. Plus que l’album de la maturité, Contre-Temps promet d’être la suite logique de Léviathan, en façonnant davantage un univers unique dans le paysage musical français.

Flavien Berger (Facebook / Twitter / Instagram)

Flavien Berger, Contre-temps, 2018, Pan European Recording, artwork par Juliette Gelli & Maya de Mondragon

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