Ezra Furman x Cristina Daura – Twelve Nudes


       

Dans la tête d’Ezra Furman (est-ce bien sa tête sur cette pochette ? Pas certain), il y a quoi, au juste ? Des nus. Six au total, et pas douze, chiffre biblique par excellence (le chiffre des apôtres) comme le suggère le titre du disque (Twelve Nudes, Bella Union). Ève n’a finalement pas croqué dans la pomme (décidément, c’est une obsession…), et dans le Jardin d’Éden, où il paraît que le dress code n’implique pas de vêtements, ça commence doucement à se multiplier. Dans ce paradis mental, autre point notable, les individus n’ont cette fois pas de sexe (ou en tout cas, cette partie-là du corps est camouflée), et donc un genre qu’il n’est pas possible de définir en se basant sur l’entrejambe et l’épaisseur de la poitrine. Pour savoir qui est le garçon et qui est la fille, faudra faire autrement.

Chercher le garçon

Ezra Furman, par exemple, est un garçon qui s’habille, se maquille et se comporte parfois comme une fille, ou du moins, comme ce que nos sociétés un brin homogénéisées ont décidé de faire l’attelage des filles. À Cristina Daura, illustratrice de talent qui joue avec les formes, les idées, les couleurs et qui signe la pochette militante de Twelve Nudes (cinquième album de l’américain), Ezra a ainsi demandé de concevoir un objet qui, surtout, conteste l’idée même de genre, s’en amuse, et fait des stéréotypes des idées fabriquées par nos propres esprits englués dans des dynamiques toutes identiques. À Cristina Daura, on a donné la parole :

Faire l’album le plus fort et le plus punk possible, et y exprimer un message activiste très clair

« Quand on m’a proposé de travailler sur la pochette d’album de Twelve Nudes, Ezra avait déjà une idée très concrète de ce qu’il voulait, ou au moins de là où il voulait commencer. Il avait cette idée d’illustrer les « douze nus » mais avec les organes génitaux censurés ou couverts, et donc sans genre. J’ai ensuite écouté les premières pistes brutes des chansons, et ai parlé de la signification de ces morceaux avec Ezra. Il m’a expliqué que son idée était de faire l’album le plus fort et le plus punk possible, et d’y exprimer un message activiste très clair (du moins, c’est le message que j’ai compris).

Avec cette idée en tête et celle des douze nus, j’ai pensé qu’illustrer ce qu’il y a à l’intérieur de la tête d’une personne avec la représentation de corps pourrait être un moyen d’expliquer à quel point la société veut regarder à l’intérieur de nous. Une main déchirant le visage de quelqu’un et regardant à l’intérieur. Vous pourriez aimer ou ne pas aimer ce que vous y voyez, mais c’est ce que c’est.

Vous pouvez garder le sourire du diable et mordre quelque chose de beau et de doux comme l’aile d’un oiseau

Et puis, j’ai aimé l’idée de faire sourire les personnes que je représente. Même si quelqu’un déchire votre visage, vous pouvez garder le sourire du diable et mordre quelque chose de beau et de doux comme l’aile d’un oiseau. Ressentir une certaine forme de douleur après avoir vu cette image, mais rester curieux et garder la vue : j’aimais cette idée.

Le graphisme de l’image est signé par un ami proche, Jabi Rodríguez. On a décidé de faire la typographie à la main et de la rendre aussi rugueuse et « punk » que la musique d’Ezra. On voulait aussi faire un clin d’œil à certains vieux disque de jazz qu’on regardait aussi au moment de travailler sur Twelve Nudes. Au final, l’idée était de faire une pochette de disque qui puisse dire ce que les chansons essaient de vous faire ressentir. »

English version

When I got the proposing to work on the cover album of Twelve Nudes, Ezra had a very concrete idea of what he wanted, or at least where to start from. He had this idea of illustrating the twelve nudes but with the genitals of the people censured or covered, without gender. I then listened to the first rough takes of the songs and also talked with Ezra about the meaning behind these songs. He explained me that his idea was to make this record the most loud, punk and have a clear message of activism or a “punch in your face idea” (or at least that’s what I received as the message).

With that in mind and the twelve nudes I thought that illustrating the inside of someone’s head with those bodies could be a way of explaining how society wants to look inside of us. A hand ripping the face of someone and looking inside. You might like or dislike what you see but that’s what it is. Then I also liked the idea of making the person smiling, like even though someone is ripping your face you can keep a devil smile and biting something beautiful and soft like the wing of a bird.

I liked the concept that once you see this image you kind of feel the pain but also get curious and keeps your sight. The graphic part was made by my close friend Jabi Rodríguez. We decided to make the typography by hand and make it also rough and “punk” but at the same time giving a wink to some old jazz records that we looked while working with it. In the end the idea was to make a cover that could speak what the songs are trying to make you feel.

Le son

En quelques jours, Ezra Furman, natif de Chicago, a enregistré Twelve Nudes, un album engagé, sensible, extraverti et timide, qui continue à raconter la personnalité originale d’un américain qui a décidé de ne pas s’embarrasser de normes pré-établies, et qui manifeste cette différence avec l’aide d’une musique diablement punk, dans la lignée égale de Transangelic Exodus et de la bande originale qu’il avait proposé pour la série Sex Education. Punk is queer.

Ezra Furman (Facebook / Twitter / Instagram / YouTube)

Cristina Daura (Facebook / TumblR / Behance / Instagram)

Ezra Furman, Twelve Nudes, 2019, Bella Union / [PIAS], artwork par Cristina Daura (illustration) et Jabi Rodríguez (graphisme).

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