Chaton — Princesse Pigalle


Simon Rochon Cohen, sur scène et sous autotune, s’appelle Chaton. Un personnage inventé de toute pièce et envoyé au front, celui que l’on expose aux yeux capricieux du grand public afin de camoufler la véritable nature de son créateur ? Non Chaton, c’est son vrai lui, au contraire, puisque comme il nous le rappelle : « je suis ultra premier degré dans mes disques. Ce que je raconte dans mes disques, c’est vraiment ma vie, y a rien d’inventé ! » Les « Poésies » (du nom du tube qui l’a fait connaître, il y a trois ans) qu’écrit Chaton atterrissent sur des disques aux productions vaguement dub et aux pochettes complètement DIY. Vis ma vie.

Que ce soit par le biais des textes ou par celui des images, c’est ainsi un Chaton intime qui nous est présenté, sans fourrure ni carapace pour se camoufler et avec, toujours, cette sensation de proximité qui le rend, il faut bien l’avouer, absolument sympathique. Chaton en  selfie et en train de siroter un verre non alcoolisé pour Possible, Chaton avec des oreilles de…chaton (et une tenue particulièrement détendue) pour Brune platine… Et Chaton, absent cette fois-ci, sur la pochette de Princesse Pigalle, troisième album paru en trois ans. Alors, sur ce visuel, qui est-ce ? « Attends, faut que je te raconte toute l’histoire, t’as un peu le temps, là ? » Les mouvements sociaux qui immobilisent la France depuis quelques jours l’ont bloqué, en voiture, dans le trafic. Dans Paris, ça ne roule pas. Discutons.

« Je sors mon deuxième album Brune platine en avril. Je dis à mon tourneur que je suis chaud pour organiser une autre tournée bientôt. Je le sens, je vais sortir un autre album dans pas trop longtemps, j’ai envie de bosser, je me sens bien. Finalement, les semaines passent, il y a la gamine, et le temps, j’en ai pas trop. Et puis Ruddy Aboab, de Radio Nova, m’appelle. Il a besoin d’un titre, inédit tant qu’à faire, pour une vidéo qu’ils ont besoin de tourner avec Villa Schweppes. Je dis : “ok, j’ai ce qu’il te faut !” Sauf que bien sûr, j’avais rien de très concret. J’avais les bases du morceau qui allait devenir “23:34”, mais ça restait des bases. Je me cale une semaine sérieusement dessus, le morceau est ok, on tourne la vidéo.

“23:34”, c’est ma pierre angulaire de l’époque pour cet album. Je continue à bosser au tour de ça, et rapidement, j’ai quelques morceaux qui prennent forme. L’été m’inspire et fin août, j’ai quasiment un disque complet. On est tombés avec Lola — ma copine — sur une photo assez suggestive qu’on avait fait dans un hôtel, et que je verrais bien pour la pochette. Bon mais l’album pour l’heure, c’est un sept titres. Et alors ? Kanye West sort des albums avec sept titres, alors tout le monde peut le faire ! »

Sauf que Kanye, c’est Kanye. Et que Chaton c’est Chaton. Et que le tourneur de Chaton se dit qu’un sept titres, ça se rapproche quand même plus du format EP que du format LP. Il insiste pour se rapprocher, avec cet album, d’un format plus traditionnel — un album, lorsqu’on part sur des morceaux de trois ou quatre minutes, c’est rarement moins de dix titres.

J’peux t’aider ?

Chaton à Lola

« On discute et il insiste tellement que je lui dis “ok, je pars en week-end pour un mariage et quand je rentre, je termine l’album !” Le samedi, on descend en voiture, dans le sud. On arrive au mariage, on picole, bien sûr. On rentre du mariage. Il est tard… Lola est super sapée. Je me gare, on s’arrête. Et là ma meuf se met contre une bagnole, et elle se met à gerber dans le caniveau ! Là moi je mets les plein phares et je fais un vrai shooting. Je hurle par la fenêtre : “j’peux t’aider ?

On rentre, elle boit un verre d’eau, on se couche. Le lendemain au réveil, je lui montre la photo. Et là on se dit : “ mais en fait, c’est ça la cover du disque ! » En rentrant à Paris le lendemain, je me sens en forme. Je passe une semaine non-stop à bosser, ultra efficace. À la fin de la semaine, j’ai douze titres, et donc un album entier ! Ce moment avec la photo a tout déclenché. Après, tout a été plus simple.

L’odeur de Pigalle, la typo de Pulp Fiction

Un soir, je mets ma playlist pour écouter les différentes pistes de l’album. J’ai appelé ma playlist Princesse Pigalle, je sais plus trop pourquoi. Lola rentre, elle me dit “c’est trop bien ce titre d’album !” Elle ressort la photo — qui n’a donc pas été prise à Pigalle… — essaie de trouver une typo avec le laptop pour faire une pochette avec ce nom, Princesse Pigalle. Le temps que j’aille me chercher un verre d’eau et que je revienne, elle avait sorti cette typo façon Pulp Fiction en se trompant dans les manip. Je lui dis : “ tu sais quoi, on bouge rien ! ” La pochette, ce sera ça.

Le son

L’industrie du disque, Simon, il connaît. Il a longtemps composé pour les autres (Jenifer, Leslie, Lorie, Natasha St Pier…), a dirigé la réalisation d’albums hommages plus ou moins réussis (dont cet Hommage de Yannick Noah, qui reprenait en 2012 plusieurs titres de Bob Marley), lancé plusieurs projets. Les egos des autres, les caprices de stars, les promesses non tenues, il a testé. Sous le nom Siméo, il a sorti trois albums avant de connaître véritablement le succès sous le nom de Chaton, projet qui pose ses névroses sur le coin de la table, s’habillent d’autotune et de productions doucement dub, éclatent à la face du monde avec une vitesse pop.

Après Possible et Brune platine, Princesse Pigalle est le troisième album de Chaton sorti en trois ans. Il raconte ce succès relatif qu’il n’attendait plus vraiment, se souvient des galères, et combat les tracas avec une sincérité déroutante. Lola, sa muse qui est aussi sa compagne, est toujours le phare qui permet de voir plus clair dans le sombre, et sa fille, la cicatrise qui est venue panser quelques plaies encore saignantes. La musique comme thérapie et comme moyen de chasser les angoisses un tout petit plus loin, voilà.

Chaton (Site officiel / Facebook / Instagram / YouTube)

Chaton, Princesse Pigalle, 2019, Le Contenu, 51 min.

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