Brav x Carlito – Error 404


Brav x Carlito - Error 404

Sur la pochette de son premier album – Sous France, Din Records – Wilfried Barray (aka Brav) avait pris le parti de poser, le buste droit, le visage de face, le regard noir et profond, devant l’objectif d’un photographe en charge de montrer à l’auditeur le visage de l’homme qui se cache derrière l’artiste. Classicisme absolu.

Brav - Sous France

Classicisme retourné

Les croix posées sur les pupilles avaient beau donner un sens sans doute un peu plus ésotérique à l’affaire, ce visuel-là demeurait en effet dans la plus pure tradition des pochettes marquées « rap & hip-hop », elles qui, et puisque c’est l’essence même du genre, ont du mal à se détacher de la figure, de la personne et du visage de l’artiste au moment où la question de l’illustration visuelle se pose (en cela, il est d’ailleurs toujours amusant de noter que l’iconographie hip-hop adopte une logique identique à celle qu’adopte l’iconographie propre à la musique variet…)

Pour ce deuxième album – Error 404, toujours chez Din Records – le changement est notable et suffisamment original pour qu’il soit nécessaire d’en préciser l’origine. Conscient de ces mimétismes visuels lassants et considérablement autocentrés, Brav a en effet voulu renouveler le propos, et prendre le parti de la véritable prise de risque. Error 404, ainsi, est illustré par une photo du père de l’artiste – prise par le photographe Carlito –, prostré dans une pose, et on se doute que ce n’est pas innocent, identique à celle que Brav avait prise au moment du shooting lié à son premier album (regard noir, buste droit, photo en noir et blanc).

Un visage, des erreurs, la vie

Une manière de se détacher des démarches de ses contemporains bodybuildés (entre les pochettes de Booba, de Jul et de Gradur, sûr que celle-ci fait son effet), et aussi, une manière de transcrire véritablement en images ce que dit le disque. Car puisque cet album-là, et comme l’indique son titre, évoque les erreurs irrémédiablement liées au cheminement de l’existence, autant directement l’illustrer via la photo d’un homme proche de la soixantaine qui a déjà bien vécu, et qui porte sur le visage tous les stigmates (car il est vrai que celui-ci est marqué) que la vie a bien dû finir par entraîner.

Brav, « rappeur prolétaire » : « J’ai choisi de mettre mon père en photo, parce qu’il peut avoir la tête de « Monsieur tout le monde ». Mon public me ressemble, et cette pochette d’album ressemble donc à mon public (au sens large…). C’est aussi ce que j’essaye de montrer dans mes textes, dans ma façon de communiquer sur les réseaux sociaux, mes tournées en appartement : chercher à créer du lien »

Une démarche qui pourrait se résumer, en fait, à ce slogan que le rappeur a choisi d’utiliser comme un leitmotiv évident : « cet album n’a pas de raison d’exister, c’est pourquoi il vous ressemble ».

Le son

Sur Error 404, Brav parle de l’autre. De celui, surtout, sur lequel l’on ne pose ni néon, ni strasse, ni paillettes un peu trop dégeulasses. Album de prolo qui répète ce que beaucoup ont tendance à ne plus dire trop haut, mais album riche tout de même. En matière de textes et de productions azimuts (on gravite entre le rock, la pop et le rap pur et dur), et d’un message qui regarde ailleurs que vers son propre petit nombril.

Brav (Site officiel / Facebook / Twitter)

Brav, Error 404, 2016, Din Records, 56 min., pochette par Carlito

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