Blink-182 x D*Face – California


Blink-182 x D*Face - CaliforniaLe débat qui consistait à condamner, il y a quelques années, ces « street-artistes » qui déplaçaient, ô horreur, leur art de leur lieu d’exposition premier (pour schématiser : de la rue à la galerie), et que l’on raillait alors parfois violemment pour cela (récupération par le système que l’on condamne, oxymore, embourgeoisement…) paraît désormais bel et bien obsolète. Le street art est entré au musée, s’affiche sur des tee-shirts et des petits sacs branchés (chez Cartier, aux Galeries Lafayettes, chez Louis Vitton…), reçoit des subventions publiques. Et les street-artistes exclusifs d’hier, qui ont pris le parti de ne plus se contenter du support mural comme unique médium d’expression, illustrent aussi parfois des disques. 

Pop, punk & skateboard

C’est le cas récemment du Londonien Paul Insect, qui s’est chargé du packaging visuel du dernier album de DJ Shadow (The Moutain Will Fall). C’est aussi le cas de D*Face, Londonien lui aussi, qui s’associe, collaboration bien étonnante à première vue, aux Californiens de Blink-182 afin de réaliser la pochette de California, le 7e album des très grandes stars pop punk de la décennie 90-2000.

Et D*Face (Dean Stockton dans le civil) en est un bon exemple, de ces artistes issus de l’art urbain et qui ont su développer et diversifier au fil des années leurs activités, sans pour autant dénaturer la base première. Après avoir émergé au sein de la street art londonienne du début des années 90, Dean, passionné de skate, de pop art et par le graffiti new-yorkais des années 70-80 (de Warhol à Basquiat, de Lichtenstein à Banksy), a ainsi ouvert sa galerie à Londres, en 2005. C’est ici qu’il rencontre Travis Barker, le batteur ultra performant de Blink, avec lequel il devient bon ami et qui l’a donc sollicité dernièrement, au moment où le groupe a concrétisé son grand retour, quelques mois après le départ de Tom DeLonge, tête fondatrice du projet en 1992 parti tenter l’aventure du projet solo.

D*Face - Going Nowhere Fast

Le groupe, qui voit dans le travail de D*Face des résonances certaines avec le sien (là où la pop et le punk dialoguent et contestent) donne alors plus ou moins carte blanche à l’artiste. Parce qu’un océan (l’Atlantique) sépare le plasticien londonien et les punks rockeurs californiens. Parce que le planning de chacun est très serré, aussi. Et surtout, parce que Travis Barker, très grand amateur du travail de D*Face, lui accorde une confiance sans failles. Lors de son passage dans la capitale britannique et dans la galerie de Dean (Stolenspace gallery, à Brick Lane), il avait ainsi, preuve de l’attraction du l’Américain pour le travail du Britannique, déjà acquis quelques-unes de ses oeuvres, imitant en cela la New-Yorkaise Christina Aguilera, dont D*Face avait d’ailleurs designé la pochette de son album Bionic. « Anything that you do would be really cool for us, have you got anything that you’re working on that we could use ? »

Christina Aguilera x D*Face - Bionic

Dean envoie alors quelques trucs qu’il a en réserve, en se basant sur le titre de l’album (« California » est déjà envisagé, ou « Los Angeles », ou « Riot », quelque chose de ce genre), avec un brief relativement léger, qui consiste à représenter la Californie (dont le groupe est originaire) mais en suggérant son côté subversif, et les difficultés qui subsistent malgré des apparences plus réjouissantes. Soit très exactement ce en quoi consiste le travail de D*Face, lui dont les problématiques se focalisent, comme ses illustres modèles que l’on évoquait (Warhol, Basquiat, Lichtenstein…), sur l’obsession exacerbée de cette société consumériste pour les idoles à paillettes et l’homogénéisation de masse.

Drive

Mais les premières propositions qu’envoie le plasticien aux punks rockeurs – proposées ci-dessous, via le site de NME – sont refusées. « Nothing’s really doing it for us ». Sans doute la faute à ce « panneau » intégrant Blink-182 et imitant en cela celui de la Route 66, utilisé à chaque fois et pas forcément convaincant. C’est finalement cet artwork-là, planche cartoonesque lichtensteinienne, qui présente un couple dans une voiture (une jeune femme aux oreilles « nuageuses » et un homme au visage monstrueux) lancée à pleine vitesse vers une destination inconnue. Une larme coule sur le visage de la jeune femme, et le regard de l’homme se fige : c’est une scène de tension entre les deux membres d’un couple à la dérive. Ou bien même, si l’on juge le faciès terrifiant de l’homme ici dessiné, quelque chose qui revêt d’une relation humaine un peu plus complexe (Blink ne chantait-il pas le « Stockholm Syndrome » en 2003, sur son album éponyme ?)

Et s’il paraît étonnant que le trio ait bien voulu s’associer à ce visuel, sachant qu’il est issu d’une série d’autres racontant la continuité de la même histoire (cette liaison, un peu perturbante, entre l’homme au faciès zombiesque et cette femme que l’on voit bien souvent avec une larme coulant sur la joue), la liaison entre les préoccupations du groupe et de l’artiste paraissaient décidément bien trop proches pour ne pas parvenir à faire quelque chose ensemble. Sans doute pas pour rien que D*Face, afin de catégoriser un minimum son art, a d’ailleurs pris l’habitude d’utiliser le néologisme aPOPcalyptic

Le son

Le 7e album de Blink-182 est donc le premier des Californiens sans Tom DeLonge, le chanteur et guitariste fondateur du groupe qui a dû quitter l’aventure il y a quelques années la suite à de divergences (avec l’autre chanteur du groupe notamment, Mark Hoppus) devenus au fil des temps beaucoup trop importantes pour pouvoir être supportées plus longtemps. On l’a remplacé par Matt Skiba d’Alkaline Trio, mais on n’a pas changé d’orientation pour autant. Pop punk, skate punk, punk rock, peu importe : punk au Soleil et pop de l’ombre.


Blink-182 (Site officiel / Facebook / Instagram / Twitter / Youtube / TumblR)

D*Face (Site officiel / FacebookInstagram / Twitter)

Blink-182, California, 2016, Viking Wizard Eyes, 42 min., pochette par D*Funk

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