Blanck Mass x Alex de Mora – Animated Violence Mild


Adepte de pochettes de disques dérangeantes et obscènes (celle de Dumb Flesh donnait l’impression de corps étrangement entremêlés, et celle de World Eater formulait l’idée de « mangeur de monde » via un plan particulièrement rapproché sur la dentition d’un canin), le producteur Benjamin John Power, qui se fait appeler Blanck Mass (moitié de Fuck Buttons) récidive sur Animated Violence Mild, et va cette fois-ci chercher ses références dans les fondamentaux bibliques.

Croquer dans le Pomme. Foutre le bordel

« Le serpent du consumérisme se retourne contre nous », dit-il dans un communiqué de presse en discourant sur les contours de ce quatrième album. « Il nous séduit avec notre propre appât, alors que nous trahissons les meilleurs instincts de notre nature et de l’avenir de notre monde. Nous nous empoisonnons au précipice d’un sommeil sans fin. »

L’ennemi donc, c’est le consumérisme, quintessence du luxe qui a poussé l’humain à déforester son propre monde et à plastifier ses propres océans sans en mesurer, forcément, les conséquences. Après moi le déluge ? À l’origine de tout, et selon une vision biblique des faits, il y aurait donc le Fruit défendu (la pomme pour ceux qui se réfèrent à la Bible, la poire, la figue ou même la grenade pour d’autres), croquée par Ève alors qu’il était formellement interdit de le faire, sous peine d’exclusion définitive du Paradis, où il était alors question pour le premier couple de l’humanité, justement, de ne rien faire et de se laisser vivre. Le serpent a gagné, Adam et Ève se retrouvent sur la terre et produisent du pain, comme leurs enfants, leurs petits-enfants et les petits-enfants de leurs petits-enfants, à la sueur de leur front. Aussi, entre-temps, Dieu les a rendus mortels.

Ève a déconné, et chez Blanck Mass, via la photo d’Alex de Mora (déjà auteur de celle de Dump Flesh), on a choisi de représenter le moment où tout bascule, en mettant en scène sur le visuel une main aux ongles rouges (les mains pourraient aussi bien être celles d’Adam, ceci dit) saisissant une pomme qui vient tout juste d’être croquée. Dans le Fruit défendu apparaît en effet clairement la trace d’une morsure, celle de l’humain qui n’a pas respecté les dires de Dieu et qui répand ainsi, sur la terre des hommes, les idées de labeur et de mort assurée. D’où le sang qui, déjà, s’est répandu sur cette pomme qui dit tout le vice des hommes et leur volonté, toujours, de tout vouloir posséder. Quitte à finir par ne plus posséder quoi que ce soit ?

Blanck Mass © Alex de Mora

Le son

Toujours pas de nouvelles de Fuck Buttons, le duo que forme Benjamin John Power avec son acolyte Andrew Hung ? Pas une raison, pour Benjamin, de ne pas bosser quand même, et de ne pas céder à la tentation de la pomme, et de la connaissance qui prend, sur ce quatrième album solo étiquetté Blanck Mass, la forme d’une musique drone, noisy, bruitiste, synthétique, acid, parfois presque pop, et qui ajoute même sur certains instants quelques touches de death metal qu’on aurait dû voir venir (« Death Drop ») et qui rappellent l’attirance du garçon pour ce qui touche à l’excès. Animated Violence Mild est un bon gros bordel, mais c’est habituel : le son proposé par Blanck Mass est de ceux qui essayent de réaliser ce que les autres n’auraient pas même sans doute pu envisager. À écouter assez fort, et sans casque tant qu’à faire.

Blanck Mass (Site officiel / BandCampFacebook / Twitter / SoundCloud)

Alex de Mora (Site officiel / Twitter / Instagram)

Blanck Mass, Animated Violence Mild, 2019, Sacred Bones Records, artwork par Alex de Mora

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