BICEP x Studio Degrau — Isles


« Pour nous, BICEP est plus que de la musique électronique », affirme d’emblée le Studio Degrau (Ana Areias, João Castro, Raquel Rei et Tiago Campeã), qui pense, fabrique et oriente depuis 2017 les directions artistiques de musiciens, d’éditeurs, d’architectes ou d’institutions. Le quatuor de designers fut chargé de l’environnement visuel d’Isles, le second album de BICEP, et ils ont succédé en cela à un autre studio qui avait pris en charge la direction artistique du premier — BICEP, 2017 —, The Royal Studio. Et comme pour toute création artistique, il y eut un moment où tout s’est dessiné plus clairement, et où l’apparition d’un petit rien a fini par aboutir à un grand quelque chose.

L’intensité de la musique live

Ce petit rien paraît bien lointain au moment où ces lignes s’écrivent car les salles de concerts sont fermées depuis bientôt une année entière. Ce petit rien était simplement la vision de gens qui dansaient sur la musique de BICEP, et ce jusqu’à ce qu’eux se retrouvent dans un état cathartique intense, où les secondes s’étirent et relativisent la notion même de temps. Tout dure plus longtemps car le ressenti est intense, c’est le pouvoir, parfois, des très bonnes musiques qui circulent et s’infusent dans tout le corps et en font ressortir un pouvoir surnaturel.

C’était un live de BICEP. C’était il y a quelques mois. « Nous nous souviendrions longtemps de ce moment où nous avons observé des gens danser autour de nous, et qui finissaient presque par flotter tellement ils dansaient », témoigne le quatuor de designers. « Il était logique pour nous d’essayer de capturer cette idée, de dépeindre les sentiments et les gestes des gens pendant qu’ils écoutaient BICEP. ». L’identité visuelle du nouveau BICEP, pour accompagner un album dont le nom, Isles, fait référence aux deux îles (l’île d’Irlande puis l’île de Grande-Bretagne) sur lesquelles ont habité les deux uniques membres du groupe, Andrew Ferguson et Matthew McBriar, allait donc être celle-là. Celle d’une imagerie qui dit « un espace que vous créez dans le temps, où vous pouvez émettre des pensées, des sentiments ou des messages entre l’abstraction et l’expression ». L’imagerie des singles émanant de l’album devait adopter la même logique.

Les producteurs et les designers définissent alors ensemble une manière de formaliser ce concept, et d’« éterniser les moments cathartiques en sculptures monumentales. ». Une manière que le studio nous détaille.

BICEP © Dan Medhurst

Garder cette relation formelle entre le numérique et le monde physique.

Studio Degrau

« Dès lors, nous avons entamé une longue période de recherche et d’analyse, de l’observation des monolithes rocheux et de leurs textures brutes à l’écoulement des tissus et au mouvement du corps humain. Toutes ces références artistiques nous ont orientés dans la manière dont nous avons développé nos compétences techniques. Pour nous, il fallait garder cette relation formelle entre le numérique et le monde physique.

Ainsi, le processus que nous avons trouvé pour « figer le temps dans l’espace » a commencé avec des images en direct qui seraient numérisées dans un outil sur mesure, développé par nous, qui nous permettrait de générer des formes volumétriques à partir de chaque image de la séquence.

Tout pouvait générer une sculpture en temps réel.

Grâce à cette prouesse technique, nous avons pu expérimenter tout ce qui bougerait, c’est-à-dire que, désormais, tout pouvait générer une sculpture en temps réel. C’était la partie amusante : découvrir les sculptures imprévisibles qui pourraient être générées par n’importe quel objet en mouvement. ».

Le son

Ici, des sytnhés qui hurlent une accointance très nette avec les raves des années 90. Là, la tendresse pleine de spleen de l’electronica. Là encore, des samples puisés très loin, dans les chants, par exemple, de chanteurs malawiens de la fin des années 50. Voilà BICEP, et un disque dont les sonorités s’éloignent largement de l’île où ses deux membres sont nés (sur l’île d’Irlande) et où ces deux-là ont fabriqué ce second album (l’île de Grande-Bretagne), et qui attestent une fois encore de la place ascendante du duo au sein de la scène techno internationale, tendance corps qui ondulent et sens qui se stimulent.

BICEP (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube / Bandcamp)

Studio Degrau (Site officiel / Instagram)

BICEP, Isles, 2021, Ninja Tunes, 50 min., artwork par Studio Degrau