Beirut x Brody Condon – Gallipoli


L’histoire de Gallipoli, dont le nom reprend celui d’une petite ville des Pouilles, dans le sud de l’Italie, s’imprègne encore une fois de sonorités héritées des voyages de Zach Condon – le leader du groupe américain Beirut, qui voyage énormément -, et notamment ici entre Berlin et l’Italie. Beirut, c’est toujours une invitation terrestre et singulière, tant par le son – celui des trompettes ou d’une fanfare méthodiquement agencée – que par cette pochette d’album en forme de cabinet de curiosités presque enfantin, en sculpture de souvenirs parsemés.

Épreuves de superpositions psychosomatiques

Un artwork imaginé par l’artiste mexicain Brody Condon – qui œuvre à Berlin -, nouvelle connexion de cultures ici entre Beirut et le plasticien. Et si Zach et Brody portent le même nom, c’est simplement parce qu’ils se trouvent être cousins. C’est d’ailleurs à Berlin même que  Zach Condon achèvera l’enregistrement de l’album. 

Pionnier de l’art vidéo surtout, et de la sculpture en superpositions – il s’inspire de l’énergie culturelle populaire – c’est une nouvelle signature de juxtaposition qui a été voulue ici. Un rassemblement, quasiment, en forme de performance, comme l’aime l’artiste qui expose au Moma de New York ou au Lacma de Los Angeles, l’image d’une inspiration sans ordre établi, celle parsemée de traces, celle des pays parcourus.

Assez éloignée de l’œuvre habituelle de Brody Condon, c’est un artwork proposé sur mesure, comme le confirme l’artiste lui-même sur le site officiel du groupe, en écho à l’album, un éclectisme traduit visuellement, et qui en est presque symbolique.

Mon cousin est venu au studio à Berlin pour déposer son chien et m’a demandé au hasard d’étoffer la pochette du disque.

Brody Condon

Brody Condon : « Mon cousin est venu au studio à Berlin pour déposer son chien et m’a demandé au hasard d’étoffer la pochette du disque. Ce n’est pas mon travail habituel. Aujourd’hui, j’organise des séances utilisant un mélange de méthodes thérapeutiques radicales des années 70 et les documente, le travail final étant l’installation vidéo. Les participants (…) comme s’ils étaient des objets inanimés, des parties de leur corps ou de simples propriétés formelles comme une couleur ou une forme. Dans ce cas, (…) j’ai extrait des débris psychosomatiques (…) j’ai ensuite créé une nature morte numérique guidée par les éléments. »

Gallipoli, c’est un point de rupture avec les autres univers des pochettes précédentes, qui ne signaient pas non plus de liens évidents entre elles, mais gardaient cette volonté attachée au souvenir et à une forme de poésie. On se remémore cette « fenêtre sur fleurs » issue de l’album No No No  en 2015, qui signait un moment capturé ; ou encore Long Island, un des premiers EP de Beirut, parut en 2006, « photo-souvenir-de-vacances-entre-amis ». L’épreuve du passé semble être une marque singulière et plus encore avec The Flying Club, marqué par les années 50 sur le bord de mer, un disque d’où est issu le légendaire « Nantes », qui a fait connaître le groupe.

Le son

Lui aussi fragmenté musicalement, mémoire entre tous ces points de passage, imprégnation des terres visitées auparavant, Gallipoli est presque un carnet de voyage. Pour preuve, les deux derniers morceaux, qui portent respectivement les noms de « We Never Lived Here »  et « Fin », des titres qui ponctuent ce parcours au son de la voix, toujours lancinante, de Zach Condon, qui raconte. Plus classiquement, on retrouve  trompettes et tambours, signatures habituelles du groupe, sous des titres italiens :  « Gallipoli » bien sûr, ou encore « When I Die », qui ouvre l’album. Préférence ouverte pour « Corfu », qui inaugure une véritable balade italienne.

L’imprégnation berlinoise s’éprouve également dans les sonorités, surtout pour le surprenant « On Mainau Island », presque électro, et bien sûr « Gauze Fur Zah », qui parle par son titre. Cet album pourrait être une BO de film, particulièrement avec « Varieties of Exil », le mieux orchestré de l’album écrit comme un poème, une forme d’espoir tant pas le son que par les paroles. « Every word sounds like a siren-Into the town, breaking the silence- It’s a good life, wait and it’s over », Zach Condon.

Beirut (Site officiel / Facebook / Twitter / YouTube)

Beirut, Gallipoli, 2019, 4AD, artwork par Brody Condon

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