Balthazar x Will Burrard-Lucas x Annelise Keestra – Fever


Bien loin de Courtrai, chef-lieu d’arrondissement de la province de Flandre-Occidentale (en Belgique) d’où les membres de Balthazar sont originaires, circulent, par meutes (ils se regroupent en général par vingtaines d’individus) des lycaons, ces mammifères également appelés « loups peints » ou « chiens sauvages », que l’on trouve uniquement en Afrique subsaharienne, et qui sont considérés comme quelques-uns des plus dangereux carnivores du Botswana, de Zambie ou de Mozambique.

Espèce menaçante, espèce menacée

Ces prédateurs-là chassent à plusieurs, ont même le dessus sur le lion s’ils s’y sont suffisamment à l’attaquer en même temps, dévorent parfois leurs proies encore vivantes (les viscères consommés frais seraient plus agréables à déguster, paraît-il). Leur « fièvre » (ou Fever, comme le titre de ce disque) est celle d’un animal qu’on a même soupçonné, un temps, de tuer uniquement pour le plaisir, et qui a pendant bien longtemps été considérée comme une espèce tellement nuisible pour le reste de la population animale qu’il fallait songer à s’en débarrasser. L’espèce, aujourd’hui et parce que les hommes l’ont trop chassée, est menacée.

Safari photo

Photographe britannique spécialisé, justement, dans la photographie d’animaux sauvages, Will Burrard-Lucas en a croisé à un certain nombre de reprises, de ces animaux qui ne hurlent pas comme des loups ni n’aboient comme des chiens, mais poussent plutôt de petits cris et des gémissements semblables à ceux que poussent les gentils toutous, une fois le maître revenu à la maison. Sur son site internet, il assure « utiliser l’innovation et la technologie pour créer de nouvelles perspectives dans [son] travail ». Il est également le fondateur de Camtraptions, une société spécialisée dans les produits pour la photographie à distance, et de WildlifePhoto.com, un site Web proposant une gamme de ressources éducatives et de safaris pour les photographes.

Le lien entre ce Britannique qui photographie, en Tanzanie, au Mozambique, au Kenya et ailleurs, les animaux sauvages à distance, et ces Belges qui ont imposé, depuis la parution de leur premier album (Applause, 2011), leur nom au sein de la catégorie pop rock internationale ? Une vision de la fièvre, sans doute. Et un hasard heureux qui a permis à Balthazar de découvrir, par le biais d’une investigation numérique assidue, le travail de Burrard-Lucas. Annelise Keestra, graphiste chez [PIAS] à Londres en charge du design de la pochette, parle également de digression autour d’un pamplemousse. Et de typographie SEPARAT :

J’avais envie d’une typographie singulière, d’une esthétique qui vienne créer le langage visuel de l’album à part entière

Annelise Keestra

« Rapidement, on a su que la photo allait être utilisée telle quelle, simplement adaptée au format carré. En parallèle, je développais les mises en pages, assez ‘bold’, et les propositions typographiques pour compléter l’artwork. J’avais envie d’une typographie singulière, d’une esthétique qui vienne créer le langage visuel de l’album à part entière, et qui vienne apporter d’autres éléments graphiques avec lesquels jouer par la suite. J’ai senti qu’on tenait vraiment quelque chose lorsque j’ai choisi d’utiliser la typographie ‘SEPARAT’ dessinée par la fonderie islandaise Or Type. Nous avons renouvelé le logo pour soutenir l’évolution du groupe à travers cet album, et avons finalement opté pour une mise en page sans complications pour laisser place à l’image. La typo a été pour moi la manière idéale de lier le texte et la photo – le B de Balthazar, rappelant les oreilles des chiens de l’artwork une fois à l’horizontale. C’était évident qu’on tenait notre parti pris, et un potentiel pour de futures déclinaisons à utiliser à travers le packaging, ainsi que pour les différents aspects physiques et digitaux de la campagne, j’ai donc vraiment poussé pour. J’ai été ravie de voir que le symbole fût même adapté pour la scénographie lors de leurs concerts, ainsi devenant le symbole de FEVER : à la fois évoquant le B de Balthazar, et l’élément fort de l’artwork, les chiens. »

Le son

Après la parution de quatre albums entre 2006 et 2015 et près de dix ans de vie commune (car lorsque l’on est musiciens et que l’on tourne à l’étranger pour défendre les albums qu’on vient de sortir, il s’agit bien de vie commune), les membres de Balthazar avaient besoin de respirer des airs nouveaux. L’un (Marteen Devoldere) a fondé le projet Warhaus, un autre (Jinte Deprez) le projet J. Bernardt. La violoniste Patricia Vanneste, elle, a également pris du recul, et annoncée qu’elle ne participerait pas à Fever, le disque qui réunit donc de nouveaux, quatre ans après, les Flamands autour du groupe Batlhazar. Plus groovy que ses prédécesseurs, toujours écartelé entre le désir de se rapprocher du « classicisme » pop anglo-saxon (des Beatles aux Rolling Stones) et de rythmiques émanant d’Afrique subsaharienne, Fever (la « Fièvre ») accouche d’un tube génial (« Fever », là encore), et prouve une fois encore la formidable vitalité de la scène pop digérée à la sauce belge (Girls in Hawaii, BRNS, Soulwax…) 

Balthazar (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube)

Will Burrard-Lucas (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube)

Annelise Keestra (Site officiel)

Balthazar, Fever, 2019, Play It Again Sam / [PIAS], artwork par Will Burrard-Lucas (photo) et Annelise Keestra (graphic design)

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