Aquilo x Matt De Jong x Jack Davison – Calling Me


Aquilo x Matt De Jong x Jack Davison – Calling Me

Sur la pochette de l’EP Calling Me d’Aquilo (Tom Higham et Ben Fletcher), comme hier sur celle de l’EP Human, toutes deux conçues par le photographe Jack Davison (Matt De Jong à la direction artistique), on constate une obsession pour les architectures désuètes, isolées du monde actif, vestiges d’un passé qui paraît avoir accueilli la vie avant d’avoir été abandonné par elle. Des lieux immenses, mais dépeuplés, comme pour mieux symboliser l’espace qu’il serait possible de combler avec l’aide de perspectives nouvelles.

Isolement des structures, isolement de l’être

Partant de cette idée, la connexion entre l’image et le son paraît évidente. Car les clichés vides et lamentés de Jack Davison utilisent le même vocable (mais à travers un médium différent) que les textes et les mélodies crevassées d’Aquilo, qui jonche depuis ses débuts ses compositions de cette même idée de vide, de fracture, de non-vie là où il devrait pourtant y en avoir. Sauf que sur Human, comme maintenant sur Calling Me, ce n’est pas un paysage sauvage mais bien le cœur, personnifié de la manière la plus classique qu’il soit, qui se retrouve orphelin du souffle de vitalité essentiel. « Part of your Life », « I Gave It All », « Losing You », « Calling Me », « Waiting » : un coup d’œil sur les titres des morceaux permet de se figurer le sens des propos, cafardeux et amoureux (les deux termes sont souvent voisins…), prononcés par le jeune tandem qui ne serait pas même majeur de l’autre côté de l’Atlantique. À ces âges-là, plus encore qu’à d’autres, les petites détresses amoureuses peuvent rapidement prendre la forme de véritables Everest aux inclinaisons dangereuses.

Cette détresse, liée à l’âge et à l’état de l’organe sensible (le cœur donc), elle était déjà l’objet du diptyque clipé qui scénarisait autour des clips de « I Gave It All » et de « Losing You » la destinée d’un jeune trio amoureux dont l’un d’entre eux se retrouvera très rapidement exclus de ce petit jeu bien dangereux…C’est de ces deux clips dont la pochette de Human – un grand édifice construis sur le bord du précipice défiant la mer de son regard de pierre – était tirée. Un paysage sans doute issu, parce que Ben et Tom (et aussi Harvey Pearson, en charge de la photo et du design sur l’EP Debut) sont originaires de là-bas, du Lancaster et du Lake Distric, cette région brumeuse et pluvieuse réputée pour la sensation de mélancolie et de spleen addictif qu’elle procure aux esprits les plus réceptifs (on sait notamment que le poème « The Daffodils » («Les Jonquilles ») de William Wordsworth fait référence à l’endroit).

Face à la mer

On imagine ainsi, si la logique est respectée, que le prochain clip d’Aquilo accueillera la construction tout aussi imposante qui figure sur la cover de Calling Me, sorte de friche désaffectée faisant également face à la mer (sauf qu’ici, on est sur la plage, et pas en haut d’une falaise), et faisant de la même manière contraster la taille imposante des bâtiments avec celle, bien plus modeste, des deux jeunes garçons, confrontés à l’immensité de ce qu’il convient d’accomplir (oublier l’être aimé, le conquérir, lui pardonner….) C’est la métaphore d’un être recroquevillé dans son moi et automatiquement écarté d’autrui lorsque la détresse se fait ressentir.

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé », écrivait Lamartine en composant ce qui allait devenir bientôt ses très lourdes et désolées Méditations Poétiques

Le son

On ne remerciera jamais assez James Blake d’avoir ouvert la voie, avec les albums et les collaborations grandioses qu’on lui connaît, d’un renouvellement aussi bénéfique de la soul et du R&B, et d’avoir influencé en le faisant une panoplie de projets plus cathartiques les uns que les autres, persuadés que les tristesses se soignent en fusionnant le R&B d’hier et le post-dubstep d’aujourd’hui. Aquilo fait partie, avec Fyfe, Thomston, William Arcane ou SOHN (Londonien d’adoption) de ces ressortissants britanniques suiveurs mais indépendants du prince James, et confirme avec ce troisième EP tout le joli lyrisme entrevu sur les deux premiers.


Aquilo (Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram)

Jack Davison (Site officiel / TumblR / Twitter)

Matt De Jong (Site officiel / Twitter)

Harvey Pearson (Site officiel / FacebookTwitter)

Aquilo, Calling Me, 2015, Barclay / Universal, 14 min., pochette par Harvey Pearson

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