Adrian Younge x Hachim Bahous – The Electronique Void : Black Noise


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Un manuel tutoriel confronté à une question essentielle, a priori irrésoluble (beaucoup s’y sont en tout cas brisés les dents) : comment aimer ? Comment réparer ce qui fait mal, comment pardonner, comment mieux connaître celui ou celle que l’on a désiré d’accompagner, durant un temps plus ou moins long, au sein des méandres incertains et tortueux de l’existence ? Ce tutoriel alambiqué à l’extrême, basé sur des considérations tant psychologiques que scientifiques, il est proposé par l’étonnant Adrian Younge – ce fanatique d’esthétique soul 70’s qui gère également son propre magasin de disques à Los Angeles -, et est narré par une voix, posée et collégiale, celle de Jack Waterston (guitariste habituel de Younge) devenu le temps d’un album – The Electronique Void : Black Noise – cette Black Noise censée nous éclairer, malgré une ambiance pour le moins assombrie (et il faut bien l’avouer, largement anxiogène) sur ce qu’il convient de savoir pour s’en sortir, de ces liaisons que l’on entreprend mais dont on ne maitrise ni les tenants, ni les aboutissants, ni rien du tout.

Amour et circuits électroniques

À ce disque d’une complexité grandiose, et c’est logique, on a associé un artwork qui l’est au moins autant. Celui-ci est conçu par un Français, Hachim Bahous, qui collabore avec Youge depuis le travail autour de la pochette, rétro et éro(tique) à souhait de Something About April II. Miroir visuel fidèle à ce qui est proposé sur le disque, cet artwork-là se propose de donner, lui aussi, une illustration de la complexité des rapports homme/femme ». Hachim Bahous :

« Comme sur le disque, il y a un narrateur sur la pochette, représenté par cet homme assis. Les circuits imprimés, eux, sont une référence aux sons électroniques de l’album entièrement analogique et également inspirés par les visuels vintages space age, des guides scientifiques autour du son et des ondes. Ces circuits sont un langage et font le relai entre la partie où il y a l’homme et la femme. On y retrouve aussi le concept de dualité avec d’un côté la femme et de l’autre l’homme. »

Un narrateur assis comme lors d’une expérimentation dégénérée (ou avant-gardiste) dans lequel paraît émerger un circuit électronique, le visage d’une femme aux yeux fermés qui paraît, elle aussi, être parcouru par ce circuit remarquablement dessiné, le rouge éclatant comme la couleur du sang (que l’on peut toujours associer aussi à l’idée de passion), et un diptyque clipé qui propose une exploration, naturellement plus poussée, de ce que dit l’artwork de Bahous, à savoir le cheminement difficilement explicable qui finit par lier, ou par délier, deux êtres que la Nature elle-même semble avoir voulu rapprocher. Tout, ici, coordonne.

Les 70’s, toujours et malgré tout

Parce que la démarche du disque est ce qu’elle est, et parce que c’est tout de même la première fois que Younge part aussi loin dans ses expérimentations cérébrales, l’artwork de The Electronique Void : Black Noise se distingue considérablement de ses prédécesseurs, tous préoccupés d’esthétisme soul 70’s revendiqués à l’extrême, des réalisations au sein desquelles l’on isolera les splendides pochettes de Something About Avril II (et de son titre alternatif en Français proposant les versions instrumentales des morceaux) et de ce couple de femmes complètement dénudées proposant un formidable contraste, idéalement sensuel, de couleurs (l’une est noire, l’autre est blanche). Artwork distinct, mais lié tout de même : car l’esthétisme 70’s, on le conserve ici, surtout grâce au choix équivoque de la typographique, là pour valider, toujours selon Hachim Bahous : « le côté « rétro » que nous voulions apporter à l’artwork. » Rétro, électro, et les hommes disséqués comme des robots défectueux ramenés au labo.

Le son

Manifeste à l’usage de ceux qui voudraient comprendre les mécanismes qui font tomber (et demeurer) amoureux, hommage aux papas pionniers de la musique électronique dans son format « pop » (on parle plus ici de Kraftwerk ou de Wendy Carlos que de Stockhausen ou de Pierre Boulez), et une pièce scientifique assombrie pourn Adrian Younge qui s’étiole sur ce disque sur une trentaine de minutes, mais qui demeure, dans la mémoire, bien plus longtemps, tant il montre le sentiment amoureux sous un jour effroyablement clinique. All you need is love ?

Adrian Younge (Facebook / Twitter / Youtube)

Hachim Bahous (Site officiel)

Adrian Younge, The Electronique Void : Black Noise, 2016, Linear Labs, 30 min., pochette par Hachim Bahous

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