Acid Arab x Lamia Ziadé – Musique de France


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Acid. Via ce flyer vert fluo, portant la programmation d’une rave party, tenu dans la main gauche, le visage jaune, rond et souriant des soirées qui font rire et transpirer comme élément reconnaissable entre mille. Arab. Via cette fumée qui s’échappe d’une clope encore allumée, et dont les contours donnent la sensation d’avoir dû s’extraire, plutôt, de la lampe magique et de son génie contés dans les Mille et unes nuits. Et via le logo du groupe, dessiné par Naïla Guiguet – aka DJ Parfait – et qui ornait les premières compilations sorties par le projet, un logo qui dit l’orientalisme le plus affirmé.

C’est une femme libérée

Au centre du propos, et donc du visuel du premier album d’Acid Arab – Musique de France – une femme, sans yeux mais avec des sourcils (cela est suffisamment rare pour être noté), représentée ici afin de notifier la part de féminité du groupe de quatre garçons (d’abord Hervé Carvalho et Guido Minisky, puis Silvia Baldan et Pierrot Casanova). « On a absolument voulu que soit représenté une fille sur cette pochette. Parce que la parité, c’est très important ! », nous dit Hervé, à l’origine de la collaboration des Français avec l’illustratrice franco-libanaise Lamia Ziadé, qui signe donc le visuel féminin (et féministe ?) de ce premier album studio. « Lamia a sorti un magnifique bouquin l’année dernière – Bye bye Babylone : Beyrouth 1975-1979 – que l’on m’a offert et que j’ai adoré. On l’a contacté, et on lui a demandé de faire un visuel pour l’album. Elle a accepté. »

Raveries enfumées

Lamia, alors, conçoit ce portrait de femme – que l’on devine, puisque c’est l’orientation ethnique du disque, arabe ou maghrébine – libérée et égalitariste comme une citoyenne tunisienne sous la présidence d’Habib Bourguiba (soit l’époque d’une Tunisie progressive et moderne), une femme qui a pris le parti de porter ses cheveux détachés et découverts, et de se laisser à des moeurs que certains jugeraient, nauséabonds réflexes sociaux-culturels obligent, réservés aux hommes. À savoir : l’alcool, la clope, et les soirées dans lesquelles l’on consomme ce qui est largement prohibé par les institutions étatiques. Hervé : « On a adoré l’image hyper anachronique que nous a proposé Lamia. Ça collait idéalement au projet, on en est très fiers ! »

Des anachronismes et des contrastes, et puisque cela semble décidément fonctionner avec le projet, il y en avait déjà sur la pochette de Djazirat El Maghreb, le premier EP d’Acid Arab en tant que véritables producteurs (et le dernier sur leur ancien label Versatile), un visuel signé par l’artiste Merji, habitué, au sein de son travail photographique, à superposer des éléments modernes sur des éléments anciens (et vice-versa). Un peu, tiens donc, comme le font ces orientalistes des temps modernes avec leur musique, qui superpose elle aussi des éléments largement anachroniques et divergents (la musique orientale d’un côté, et l’acid house de l’autre). « Liberté, je dessine ton nom. » : qu’elle est jolie, cette France-là.

Acid Arab x Merji Djazirat El Maghreb

Acid Arab x Merji – Djazirat El Maghreb

Le son

L’alliance de l’acide house et d’une certaine vision des musiques orientales. Le propos d’Acid Arab pourrait se résumer à son nom, mais n’en est pas moins fascinant : sur un disque qui accumule les grandes figures orientales d’hier (Rachid Taha) et d’aujourd’hui (A-Wa, Sofiane Saïdi, Rizan Saïd, l’ex-collaborateur essentiel d’Omar Souleyman), Hervé Carvalho, Guido Minisky, Silvia Baldan et Pierrot Casanova confrontent cultures (l’Orient et l’Occident) et classes sociales (des musiques d’abord réservées aux pauvres, et d’autres aux riches) au service d’une démarche qui, compte tenu des temps actuels, fera le plus grand bien. Gloire au mélange.

Acid Arab (Facebook / Twitter / Soundcloud)

Lamia Ziadé (Site officiel)

Silvia Baldan (Site officiel)

Acid Arab, Musique de France, 2016, Crammed Discs, 49 min., illustration par Lamia Ziadé, design par Silvia Baldan

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