À travers le prisme de : Thousand


Stéphane Milochevitch fait partie de ces artistes qui se chargent à la fois de l’élaboration du son (la pop folk lumineuse de Thousand et de The Flying Pyramid, ses deux premiers albums) et de l’image (la pochette, klimtienne, kahlienne, basquienne et pop-art, de son album éponyme, sorti en 2015). Combo gagnant puisqu’il circule à la fois, via les rétines et via les tympans, cette sensation de sérénité pas tout à fait complète,  comme si l’on était allongé, chez Thousand, sur un matelas non pas plein de plumes, mais plein de ronces un peu plus dures.

Sur la pochette, notamment, d’apparence première lumineuse, il faut quelques instants pour constater la présence de ces canifs, de ces têtes de morts, et de quelques êtres aux yeux menaçants venant largement constater la sensation première de bien-être extrême. Folk léger, folk plombé, et une date qui arrive justement bientôt aux côtés d’une autre âme pleine de jolies contradictions et pas tellement adepte du ton sur ton, l’Américain Ryley Walker, de passage au Petit Bain à l’occasion de la première soirée Déflagration du millénaire (beaucoup d’autres viendront sans doute), organisée par le minutieux webzine IndéFlagration. Une occasion qui nous permet donc, les planètes s’alignent, de pouvoir nous projeter, question « pochettes d’albums », à travers le prisme de Stéphane Milochevitch de Thousand.

Thousand x Stéphane Milochevitch - Thousand

D’abord, qui es-tu ?

Stéphane Milochevitch, souvent appelé Milo, traducteur, dessinateur, et Thousand, mon projet de musique d’abord solo et qui s’est étoffé en groupe avec Olivier Marguerit, Emma Broughton et Sylvain Joasson.

LA pochette d’album mythique, pour toi, c’est laquelle ?

Le dos de la pochette d’Odelay de Beck. J’étais jeune ado et ce tableau de Manuel Ocampo m’a complètement choqué et m’a influencé jusqu’à aujourd’hui par son mélange de symbolisme, d’imagerie religieuse, d’esthétique naïve et sa construction brute. Je me suis intéressé à lui, et sa peinture m’a ouvert sur ses influences, notamment l’art religieux byzantin et médiéval, l’art brut et la symbolique ésotérique, l’esthétique populaire Mexicaine. L’illustration de mon EP Tous Les Jours paru en 2012, est un tableau de Dex Fernandez, un jeune artiste Philippin lui aussi, qui est en filiation directe avec Ocampo.

Beck - Odelay (back)

Beck – Odelay (back)

Thousand x Dex Fernandez - Tous les jours

Thousand x Dex Fernandez – Tous les jours

La pochette d’album que tu trouves la plus belle ?

Difficile d’en choisir une seule. J’adore celle de Soak The Saddle d’Arab On Radar. J’ai la version noire opaque et argentée, c’est très graphique, magnifique.

Arab on Radar - Soak the Saddle

Arab on Radar – Soak the Saddle

Et la plus laide ?

Là comme ça je revois Schizophrenia de Sepultura, mais elle m’a marqué parce que j’aime bien les couleurs et le fait que les différents éléments sont dans des styles qui ne collent pas du tout ensemble. Donc c’est plutôt la plus laide de celles que j’aime vraiment bien. Après, dans le métal des années 80, la laideur des pochettes est un abysse sans fond.

Sepultura - Schizophrenia

Sepultura – Schizophrenia

Récemment, y en a t-il une qui t’a marqué ?

J’ai toujours beaucoup aimé celle de l’album de Sing Sing, qui remonte un peu, qui représente une petite procession sur fond gris. Je l’ai en poster quelque part. La dernière de son duo avec Eloïse Decazes, Arlt, est très belle. Elle est réalisée par Rémi Poncet, un graphiste dont on voit beaucoup le travail ces temps-ci et qui fait de la musique sous le nom de Chevalrex.

ARLT - Deableries

ARLT – Deableries

L’artiste / le groupe le plus cohérent d’un point de vue visuel ?

O, Olivier Marguerit, qui joue avec nous. Toutes ses pochettes pour l’instant sont des portraits de lui, peints par différentes personnes pour ses EP et en photo pour son album. Je trouve la démarche hyper directe. J’aimerais réussir à avoir une proposition aussi épurée, plutôt que d’errer dans les dessins très composés que je fais en ce moment.

O - Un Torrent, la Boue

O – Un Torrent, la Boue

Le dernier concert qui t’a marqué ?

El g, au Bal, samedi soir. Je ne savais pas à quoi m’attendre et c’était magnifique. De l’électronique improvisée, des samples triturés et du chant saturé. C’était hypnotique, la forme était très libre. Super surprise.

La dernière expo qui t’a marqué ?

Les dessins de Fanny Michaelis exposés au Monte En l’Air à Paris. Je suis tombé dessus par hasard et j’ai acheté son livre Le Lait Noir illico. Un tracé noir précis et un peu autiste qui forme des géométries très belles et très fortes qui flottent au milieu de la page. J’envie les gens qui sont capables de concision et d’épure comme ça. J’ai vu qu’elle était musicienne aussi.

Le Lait Noir

Si tu devais associer un créateur de sons et un créateur d’images au service d’une pochette d’album, sur quelle association fantasmerais-tu ?

L’artiste Moolinex, dont j’adore les dessins et la démarche. Il a eu un club de mobylettes, fait un travail génial avec des artistes handicapés sur l’esthétique des clubs de bikers, entre autres. Avec Arvo Part, que j’écoute pas mal en ce moment.

Moolinex : La Boucherie Moderne 2014

La pochette d’un disque peut-elle influencer ta manière de l’écouter ?

Complètement. La pochette affiche clairement le degré où se situe le musicien par rapport à sa démarche. Le choix de la technique, du sujet etc. en dit long sur son attitude à son époque et son positionnement. Dans la hype pour plaire, à l’inverse pour interpeler, dans la référence à une époque particulière pour cibler un public. Les pochettes vraiment libres de ces considérations-là sont très rares, si elles existent. Pour parler de ce que je connais, le rapport est très fort entre la musique du dernier disque que j’ai sorti et sa pochette, qui ont été fabriquées à la même époque, et racontent la même chose. Je verrais sûrement clairement les points de concordance si j’avais les deux en même temps.

Pourquoi va-t-on entendre parler de toi très prochainement ?

On joue vendredi soir à Petit Bain. A part ça, je travaille sur plusieurs projets parallèles de musique et de dessin qui approchent à grands pas.

Thousand (Facebook / Twitter / Bandcamp)

En concert ce vendredi 17 juin au Petit Bain avec Ryley Walker pour la soirée Déflagration du webzine IndéFlagration.

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