À travers le prisme de : Princesse


Princesse aurait sans doute dû ajouter un « s » au nom de son projet de dreampop synthétique et sensible. Car hier sur la première partie de Permanent Heartbreak, et demain sur la 2e partie, Anthony Alias (qui est donc un garçon) évoque non pas une, mais bien plusieurs de ces princesses qui font devenir, parce qu’elle savent s’y prendre ou parce que l’on sait se méprendre, l’équivalent d’un prince naïf sans arme adapté pour mener la lutte à bon escient…Parce que la deuxième partie de son Permanent Heartbreak sortira dans les semaines à venir, et parce que la pochette réalisée par Mathilde Robin rend un très bel hommage au surréalisme classieux de Man Ray, c’est à travers son prisme que l’on considère aujourd’hui la pochette d’album.

Princesse x Mathilde Robin x Permanent Heartbreak Part II

D’abord, qui es-tu ?

Je m’appelle Anthony et je fais de la musique sous le nom de Princesse.

LA pochette d’album mythique, pour toi, c’est laquelle ?

Unknown Pleasures de Joy Division, ex æquo avec The Queen Is Dead de The Smiths.

La pochette d’album que tu trouves la plus belle ?

Power, Corruption And Lies de New Order.

New Order x Power, Corruption and Lies

Et la plus laide ?

Y en a tellement, pas facile de choisir, et puis je n’ai pas l’apanage du bon goût… Après, bon, je trouve que l’esthétique globale de la French Touch a généré un panel de pochettes moches assez large…Pour moi le mouvement a achevé de transformer la musique en produit de consommation, sous couvert de ludisme et d’esprit espiègle, ce qui n’est, je trouve, qu’une façon de dissimuler le cynisme un peu bêta du mouvement. En fait, je crois que je déteste tout simplement l’esthétique globale, musicale comme visuelle, de la French Touch. Sauf Laurent Garnier et Air…

Récemment, y en a t-il une qui t’ait marqué ?

Celle de L’Amour, de Lewis. Le noir et blanc doucereux, l’auréole floue, le regard langoureux de ce bellâtre torse nu, impeccablement coiffé et rasé : on atteint un tel degré de fleur bleue que c’en est troublant. C’est si joli et mièvre que ça en devient déviant.

Lewis x L'Amour

L’artiste / le groupe le plus cohérent d’un point de vue visuel ?

Sonic Youth et The Smiths. Des images marquantes d’artistes contemporains d’un côté et une douce imagerie homoérotique de l’autre. Et pour citer des artistes plus récents : Kendrick Lamar et Grouper.

Le dernier concert qui t’as marqué ?

Maoupa Mazzochetti au Cirque Électrique et Syracuse au Festival MV, à Dijon. Je suis toujours très impressionné quand des artistes électroniques qui travaillent sur des machines arrivent autant à incarner leur musique.

La dernière expo qui t’as marqué ?

Olafur Eliasson à La Fondation Louis Vuitton : c’était beau, immersif et même assez ludique. Des idées très simples brillamment mises en œuvre.

Olafur Eliasson x La Fondation Louis Vuitton

Si tu devais associer un créateur de sons et un créateur d’images au service d’une pochette d’album, sur quelle association fantasmerais-tu ?

Julee Cruise et David Lynch, mais pas besoin de fantasmer : ça a été fait. Sinon, je serais curieux de voir ce que Lucian Freud pourrait faire pour un album de Xiu Xiu.

La pochette d’un disque peut-elle influencer ta manière de l’écouter ?

Oh oui ! Y a plein de disques que je n’ai écouté que parce que la pochette était jolie et, inversement, y en a plein d’autres auxquels je ne donne pas leur chance à cause de leur pochette moche. C’est assez futile, mais c’est plus fort que moi.

Pourquoi va-t-on entendre parler de toi très prochainement ?

Je sors le deuxième volume de Permanent Heartbreak en juin. C’est la chose la plus personnelle et la plus aboutie que j’aie jamais faite.

Princesse (Facebook / Bandcamp / SoundCloud)

Retrouvez l’interview fleuve et noctambule de Princesse chez nos partenaires de La Nuit Nous Attendra.

Princesse, Permanent Heartbreak Part II, 2015, pochette par Mathilde Robin

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