Pharmakon x Jane Chardiet ‎– Contact


Chez Sacred Bones, label de Brooklyn au catalogue radical – John Carpenter, Lust For Youth, David Lynch… –  on semble avoir un goût prononcé pour le plaisir de la chair. Ou du moins, pour sa figuration, et pour la sensation visuelle de corps qui se rencontrent, qui se cumulent, qui se juxtaposent, qui se confondent même. Comme sur la pochette de Dumb Flesh, l’album post-drone de Blanck Mass sorti en 2015, réalisé alors par Alex de Mora, designer avec une morale bien singulière mais avec, aussi, beaucoup d’idées.

Blanck Mass x Alex de Mora – Dumb Flesh (2015)

Du plaisir (contrarié) de la chair

La chair, et les corps enlacés, mais pas comme dans une comédie romantique à la Love Actually. Comme chez Bacon plutôt pour Blanck Mass, ou comme chez Sade, chez Pasolini, ou comme chez ces réalisateurs mettant en scène un porno bien salasse, avec mots-clés brutaux qui disent la tentation « hardcore », pour la pochette de Contact, le dernier album en date de Margaret Chardiet, folle furieuse qui se fait nommer Pharmarkon, dès lors qu’on la laisse s’échapper de sa camisole, et déverser son électro bruitiste, nihiliste, nuisible et immensément cathartique dans le curieux monde normal.

Et des contacts, transcription littérale, sur cette photo signée par la New Yorkaise Jane Chardiet, frangine de Margaret (auteure des précédents artworks, et dont le blog laisse entrevoir une certaine tendance à l’imagerie punk – corps sans vêtements, silhouettes enivrées, concerts bruyants) on peut considérer qu’il y en a. Et qu’ils sont tous axés, à première vue, sur une seule et même personne. Celle de Pharmarkon elle-même, spécialiste des visuels bien déglingués (celui de Bestial Burden étant même carrément répugnant), protagoniste centrale d’un tableau érotisant, si ce n’est davantage, placée sous l’emprise jouissante de mains, nombreuses, qui se baladent un peu partout sur son visage encerclé. Pour le reste de la scène, en-dehors du cadre, on laisse votre imagination faire le boulot.

C’est moite à l’extrême (là où se déroule la scène, il doit faire drôlement chaud…), et plus que le cannibalisme anthropophage (un peu de vaisseaux sanguins en plus, on pourrait être dans une scène gloutonne de Walking Dead), ça sent le cul, cette histoire. Et pas la petite baise en missionnaire du dimanche soir, en rentrant du ciné, mais plutôt, si l’on extrapole et que l’on s’imagine que les membres de cette petite bande, empilés les uns sur les autres, s’exécutent en écoutant les élucubrations informes du dernier disque de la jeune femme, il s’agirait plutôt d’une grosse partouse bien violente, cradote et décomplexée à souhait, orgie groupée et zélée qui, espérons-le pour le reste de l’humanité vu le degré de mal-être flingué du disque, ne donnera pas naissance à trop de progénitures similaires dans les mois à venir…

Le son

Attention, et ce n’est pas une formule toute faite : Contact un disque à ne mettre qu’à l’écoute des esprits les plus solidement armés. Un album qui pourra en mettre plus d’un bien mal à l’aise, s’il ne vous envoie pas directement dans le monde parallèle au sein duquel végète depuis un moment Pharmarkon – c’est le remède, c’est le poison – qui livre une fois encore un disque extrêmement rude. Ça bourdonne, ça hurle, ça se crispe, ça sent le chaos d’un esprit qui n’a pas encore trouvé la sortie (ou l’entrée, c’est selon). Et ça s’écoute très fort au casque. Ou ça ne s’écoute pas. Dans tous les cas : c’est à vos risques et périls.

Pharmakon (Bandcamp / Facebook)

Jane Chardiet (Site officiel / Soundcloud)

Pharmakon, Contact, 2017, Sacred Bones Records, 32 min., artwork par Jane Chardiet

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